Samuel SEVI, meilleur jeune inventeur de Côte d’Ivoire 2015 Leadership

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Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’années. Cette phrase de Corneille, célèbre dramaturge et poète français, semble avoir été faite sur mesure pour Samuel Sévi GBEKPON. Pour cause, il est l’un des plus Jeunes inventeurs de l’histoire de la Côte d’Ivoire. Comment en est-il parvenu à inventer un instrument inédit ? Qu’est-ce qui se passe dans la tête d’un inventeur de son âge ? Gros plan sur une mentalité exceptionnelle forgée par les échecs et la soif de changer le monde.

 

Samuel Sévi GBEKPON est l’inventeur de la ‘’Protège Tasse à Latex d’hévéa’’. Cet instrument, loin de ces inventions aux formes et aux modes d’utilisation complexes, est une sorte de couverture en plastique accrochée au-dessus du récipient qui recueille le liquide de l’hévéa saigné. Trop simple pourrait-on dire. Mais ingénieux et bien pensé rétorquerions-nous, pour féliciter cette invention qui est l’une des solutions aux problèmes de nos braves planteurs d’hévéas.

Habillé d’un t-shirt de couleur sombre et d’un jean bleu, Samuel nous rejoint dans un restaurant huppé d’Abidjan. Les yeux scintillants et avec ce large sourire qui le caractérise, ce jeune homme de 21 ans semble communiquer son optimisme d’une vie meilleure à tous ceux qu’il rencontre sur son chemin.

Relaxes et de bonne humeur, nous devisons avec le meilleur jeune inventeur de Côte d’Ivoire de l’année 2015. Samuel nous raconte sa jeune mais très inspirante expérience d’inventeur, non sans présenter sa reconnaissance et sa fierté de faire la une de Tomorrow Magazine. « Je suis très fier de paraître dans ce Magazine qui pour moi représente le rêve et l’avenir de la Jeunesse africaine. » dit-il. 

Rêve d’une vie exceptionnelle

L’idée d’inventer un instrument n’avait jamais traversé l’esprit de Samuel. Élève, il se préoccupait plutôt de la situation de sa mère qui avait l’entière responsabilité de son éducation.  Samuel rêvait plutôt de fortune, de réussite étincelante pour rendre sa fierté à sa maman. Pour y arriver, il prit une résolution, « Je me suis dit, Samuel tu ne seras pas de ceux qui traversent le monde, mais tu feras partie de ceux-là qui marquent le monde de leur empreinte. » dira-t-il. Marquer le monde ? Bien de personnes l’ont déjà fait et Samuel s’est mis à lire leur biographie. La mentalité d’inventeurs, d’hommes d’affaires et de personnalités politiques telles que Bill Gate, Steve Jobs, Aliko Dangoté et Abraham Lincoln sont sérieusement passés au crible par le jeune homme. Ce nouveau cap marquera le début d’un parcours rythmé d’échecs, d’espoirs et de réussites. Décrocher le BAC à très jeune âge, devenir un génie dont toute la Côte d’Ivoire parlera, travailler à la NASA et amasser beaucoup d’argent, sont les rêves que caresse Samuel en ce moment-là.

Les échecs et illusions d’une vie

En 2008, après son admission au BEPC, Samuel est obligé de quitter sa mère pour vivre avec une tante. Nouvel environnement, nouvelle règle de vie, Samuel souffre énormément de la distance d’avec sa mère. La vie devient difficile et il finit par dévier. Il fréquente des amis qui lui inculquent ‘’l’art de l’école buissonnière’’ et c’est tout naturellement qu’il redouble la classe de seconde. Cet échec est insupportable, inacceptable et Samuel, le futur ‘’génie’’, prétextant de ce qu’un surdoué se doit d’avoir un parcours sans tache, décide de s’inscrire en terminale pour rectifier le tir, « j’ai tenté de camoufler mon échec en seconde en décidant de m’inscrire en terminale pour essayer d’obtenir le BAC. Réussir cela inscrira une très belle note dans mon parcours et gommera complètement cette grosse tâche que j’avais du mal à accepter. »

En classe de terminale, Samuel est très studieux. Il se prive de sommeil et de tout loisir pour avoir le niveau requis. Tout se passe plutôt bien en classe, mais l’échec est cinglant en fin d’année. Amer mais déterminé, il essaie l’année suivante d’empocher le BAC pour une seconde fois, avec le même rythme et la même intensité d’étude. Échec encore. Et le plus dur c’est qu’il lui manquait, cette fois, un tout petit point. Immédiatement après, une chose se produit dans la tête de notre jeune ambitieux, « C’est à ce moment-là que tous mes rêves se sont effondrés. J’avais finalement accepté que je n’étais rien d’autre qu’un homme ordinaire, une personne normale comme tout autre. J’ai abandonné cette idée de devenir un petit ‘’génie’’ et celle de travailler à la NASA. C’était trop beau et grand pour être vrai. Il fallait donc redescendre de mon petit nuage. »  

Les mots de l’espoir

En 2011, une rencontre des plus déterminantes remet Samuel sur la sellette. « J’étais déprimé et découragé. J’avais perdu tout envie de me battre pour la suite. J’avais décidé en cette période-là de me livrer à la vie. Heureusement, je rencontre une Organisation Internationale de Jeunesse dénommée IYF (International Youth Fellowship) qui, par ses activités et son message, me redonne espoir. »

Cette Organisation est créée en 2002 par un révérend Pasteur sud-coréen dénommé Ock Soo PARK. Ses objectifs, changer positivement la mentalité de la Jeunesse, l’amener à dépasser ses limites et lui apprendre à vivre pour les autres. Installée en Côte d’Ivoire depuis 2004, IYF a changé positivement la vie de milliers de Jeunes dans le monde.

Samuel s’entretient avec le Pasteur Lee Jung DO, Coordinateur général d’IYF en Côte d’Ivoire et c’est le déclic. « Nous devons apprendre de nos échecs et repousser toujours les limites de nos capacités. Tant que tu auras le souffle de vie, n’abandonne pas tes rêves. Tu as encore la possibilité de les réaliser. » Ces propos de Pasteur Lee suffisent à ouvrir l’esprit de Samuel sur le fait que le chemin de celui qui est appelé à réaliser de grandes choses est toujours rocailleux et parsemé d’embûches.

Désormais en confiance, le cœur léger et la tête plus libre, il part au village profiter de ses vacances.

La réussite frappe à la porte

C’est avec un visage triste que son grand-père l’accueil au village. Celui-ci est grandement troublé par d’énormes pertes causées par la pluie dans sa plantation d’hévéas. Le latex recueilli dans les tasses est gâché par l’eau de pluie. Très rapidement Samuel s’y rend. Il constate l’ampleur des dégâts et trouve une idée de génie, « Je me suis approché d’un plant d’hévéa et bizarrement j’ai ressenti une forte envie de trouver une solution à ce problème. Vous savez, IYF m’a appris à vivre pour les autres. C’est fondamental. En me rappelant de cette mentalité, j’ai commencé à inspecter le plant d’hévéa de toute part et eurêka ! Je venais d’avoir la solution au problème de mon pépé. »

Sa solution, toute simple, consiste à couvrir les tasses d’hévéa avec des plastiques taillés sur mesure. Il court partager cette idée à son grand-père qui, très enthousiaste lui demande de dessiner son idée sur un bout de papier, pour plus de clartés. Il esquisse sa solution avec un crayon et un bout de papier. L’idée est parfaite. De retour à Abidjan, Samuel présente le bout de papier à Pasteur Lee. Celui-ci est stupéfait et voit tout de suite une invention en ce croquis. Samuel n’y croit pas trop, mais se laisse conduire. « Pasteur Lee m’a suggéré de réaliser un prototype en 3D. J’ai accepté cette idée et très rapidement, il a contacté 4YOUNGMAN COMMUNICATION, une entreprise multimédia qui a réalisé en quelques jours seulement mon invention en 3D. C’était incroyable. Les choses sont allées si vite. Pasteur Lee Jung DO, qui était désormais mon conseiller, me proposa de déclarer cette invention à l’Office Ivoirienne de la Propriété Intellectuelle. Je n’en revenais pas. De la simple pensée de vouloir aider mon grand-père, je devenais inventeur à 17 ans. »

Samuel est présent à toutes les cérémonies mondaines et professionnelles pour présenter son invention à tous ceux qu’il croisait. Il ne manquait pas d’exprimer son intention de la produire à une grande échelle. Il fait ensuite la connaissance, lors d’un évènement à Abidjan, de Simplice ANZARA, un homme d’affaires, qui croyant en son projet, finance la protection de l’invention à l’Office Ivoirienne de la Propriété Intellectuelle (OIPI) et plus tard à sa représentation africaine (OAPI). Cette protection fait de lui l’unique inventeur de cet instrument dans une quinzaine de pays africains.

En 2015, Samuel est déclaré meilleur jeune inventeur de Côte d’Ivoire pendant une compétition, en marge des 3ème Assises de la Jeunesse, organisées par la présidence de la République. Il bénéficie de la somme d’un million et reçoit les félicitations de l’État devant un parterre de personnalités. Aujourd’hui plus qu’hier, Samuel croit en son étoile. Il passe désormais ses journées à discuter avec certains partenaires intéressés par le développement de son projet.

C’est le lieu pour nous d’interpeller l’État ivoirien sur la nécessité d’encadrer efficacement la Jeunesse qui contribue d’une manière ou d’une autre au développement de notre pays. Des milliers de Jeunes ivoiriens sont de potentiels ‘’Samuel’’. Ils ont juste besoin qu’on leur concède l’espoir de rêver.

Pour la Jeunesse africaine, Samuel a d’ailleurs un message « Il n’y a rien de nouveau sur cette terre. Tout ce qui existe actuellement a certainement déjà existé auparavant. Sachons simplement saisir les opportunités qui s’offrent à nous. Notre souci majeur devrait être de veiller à ce que ceux qui nous entourent soient heureux. Ne demeurons pas insensibles à leurs difficultés. En tentant de résoudre leur problème, nous serons, à notre insu, en train de résoudre les nôtres. Rêvons, imaginons et créons une nouvelle Afrique, différente de celle que nous avons l’habitude de voir. »

Pas plus beau message que celui-ci pour clore le chapitre d’une histoire qui est loin d’être terminée.

 

Yannick DJANHOUN

Auteur de l'article

Yannick DJANHOUN

Yannick DJANHOUN est un Journaliste ivoirien de 30 ans. Actuellement Rédacteur en Chef de Tomorrow Magazine, c'est un passionné des questions touchant au leadership de la Jeunesse africaine et de l'éducation des enfants.

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