Richard SESHIE, Au-delà de toutes les limites Société

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Partout sur le continent africain, l’on assiste à une sorte d’appel au réveil. Il n’est plus admissible de rester-là à pleurer sur un soi-disant sort déjà lancé. L’Afrique peut s’en sortir. L’Afrique a le libre champ de devenir le futur eldorado de ce monde, si elle ne l’est pas déjà. Le plus de potentiel, l’on le retrouve dans sa Jeunesse. À travers tout le continent, elle bouge. À l’instar de millions d’autres Jeunes Africains, Richard SESHIE aussi bouge. Fondateur de l’un des plus grands événements du monde francophone dans le monde, rien n’était gagné pour ce Jeune ivoiro-ghanéen. Richard, pour l’amour de son Afrique, a décliné les offres juteuses des multinationales Occidentales pour se mettre au service de ce continent qu’il considère comme le futur. Tomorrow Magazine l’a rencontré afin de vous procurer une énième source de croire que demain peut être vraiment meilleur.

 

À Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire, l’on a de plus en plus de respect pour ces Jeunes leaders qui arrivent, de façon véritable, à impacter positivement leur communauté. Ceux-ci, de plus en plus motivés à changer les mentalités, ne ménagent plus leur énergie pour donner à espérer à tous les Jeunes qu’ils croisent dans les conférences, séminaires, forums et autres rencontres de partages d’expériences.

Ce jeudi 03 août 2017, une équipe de Tomorrow Magazine a rendez-vous avec Richard SESHIE, l’un de ces Jeunes qui, dans le pays de Didier DROGBA, fait honneur à la Jeunesse. Nous convenons de nous rencontrer dans un célèbre espace de coworking d’Abidjan.

Richard, avec son sourire avenant, nous accueille à l’entrée de l’espace et ne manque pas de nous taquiner. C’est son habitude. Habiller de façon décontractée, il vient de se rappeler que nous lui avions demandé de venir avec deux tenues pour les besoins de la séance photo. Mais, cela n’altère en rien la bonne humeur des journalistes et de la ‘’guest star’’ de ce mois. Nous décidons ensemble de franchir cet obstacle et de réussir l’interview malgré tout.

Enfant, il admirait la discipline et la rigueur militaire

Le petit Richard naît dans une famille stable et de classe moyenne. Il est d’une nature des plus curieuses que l’on ne peut imaginer. Rien de ce qu’il ne connaissait pas ne lui échappait. Il posait des questions sur tout et insistait pour avoir les réponses. Ses parents en ont eu pour leur compte. Mais cette tendance fureteuse ne déplaisait pas du tout à Papa et à Maman. Ils savaient que cette pensée de Jean-Jacques Rousseau était une vérité certaine, «La curiosité naturelle à l'homme lui inspire l'envie d'apprendre.»

Parlant d’apprentissage, Richard s’en donne à cœur joie. Chaque occasion est propice pour le bambin d’apprendre quelque chose. Il découvre en grandissant l’armée. Il la découvre à la télévision et a l’occasion de rencontrer des militaires. Richard était toujours fasciné de voir ces hommes en tenue. Dans ses ‘’investigations’’, il découvre qu’il y a, au sein de l’armée, des personnes que l’on appelle ‘’les stratèges’’. Ceux-là même qui élaborent et définissent les plans de défense et d’attaque, avant qu’on n’envoie sur le terrain les divisions prêtes au combat.

Son Père est déjà très fier de lui. Celui-là l’encourageait à apprendre à devenir un ‘’grand stratège’’ «Mon père m’achetait des figurines militaires mais cela était loin d‘être suffisant.» Richard va montrer à son entourage qu’il a de la suite dans l’idée comme un véritable stratège militaire, «Je donnais vie moi-même à des armées entières car je prenais du papier, un ciseau et des stylos de couleur que je transformais ensuite en figurines de papier de deux camps pour des batailles grandioses.» Tous les amis de la famille SESHIE en visite à la maison tombaient sous le charme de l’esprit créatif du petit garçon. Il se souvient encore, comme si c’était hier, de ce haut gradé de l’armée, résidant dans le même quartier que sa famille, qui lui avait donné accès à sa librairie pour en apprendre davantage sur l’armée, «Un haut gradé retraité de la gendarmerie vivant dans notre quartier, s’est épris de moi et me donnait accès chaque week-end à une librairie très bien fournie en manuels de guerre.» Son Père depuis lors ne manquait aucune occasion de lui faire découvrir les vertus de l’armée, mais aussi des endroits qui abritent des soldats, comme cette visite du camp militaire français (ex 43e BIMA) et sa balade dans un char.

De la géographie à l’entrepreneuriat

Le rêve du petit garçon s’avère ne pas vraiment tenir la route au fur à mesure qu’il prend de l’âge. Cet ancien pensionnaire du Lycée Municipale d’Adjamé, voit la vie désormais autrement. Toujours de nature très curieuse, Richard SESHIE s’intéresse désormais à la formation de la Planète terre. Après son baccalauréat, il s’oriente en géographie. En 2008, il obtient sa licence en géographie à l’Université Félix Houphouët Boigny de Cocody-Abidjan. Si le cœur du Jeune Richard se trouve en Côte d’Ivoire, ses yeux n’y sont plus. Il ambitionne de faire un bon dans le monde professionnel. Un nouvel état d’esprit le guide et il nous le dira pendant l’interview, «Mon parcours professionnel est atypique et résulte moins de mon diplôme et plus des opportunités que je me suis créé moi-même.»

En 2008, il obtient son premier stage international en Inde auprès d’Ashoka, une organisation qui soutient financièrement les entrepreneurs. D’autres recommandations suivront et lui permettront de travailler ensuite dans ce pays de l’Asie comme Analyste Financier auprès d’Innovest, l’ex n°1 mondial de la notation de la performance sociale et environnementale des entreprises listées sur les bourses, racheté depuis par un autre groupe. L’année d’après, Richard pose sa valise au Maroc  où il occupe un poste de Responsable des Programmes Communautaires (RSE) pour l’Afrique du Nord chez Microsoft.

Il se frotte au monde de l’entrepreneuriat. Il découvre ce que cette pratique a eu comme impact social et économique dans la vie des nations dites développées aujourd’hui. Pour Richard, il faut entreprendre pour être réellement libre.

En 2011, il revient en Afrique subsaharienne, pour lancer son entreprise, et ce, en dépit des sollicitations de nombreuses grandes firmes internationales. Dans la tête de Richard SESHIE, tout est déjà clair ! Il faut entreprendre pour s’investir à fond dans le développement de l’Afrique, «J’ai toujours cru aux potentialités de l’Afrique et la Côte d’Ivoire représente le pays que je connais le mieux, alors cela a été un choix naturel pour moi de revenir et de me donner une seconde chance dans l’entrepreneuriat.»

Avant de rentrer définitivement en Côte d’Ivoire, Richard lance sa première entreprise au Ghana. Il fournit des véhicules à trois roues (tricycles) à des coopératives agricoles sous forme de crédit-bail. Ce business est très lucratif pour le Jeune businessman, en plus, il aide profondément ces coopératives à livrer de gros clients et par ricochet à augmenter leur chiffre d’affaires. Jusqu’à aujourd’hui, Richard en est très fier ! «C’était un modèle très innovant qui m’a permis de lever plus de 70 millions de FCFA notamment auprès de la Fondation Bill et Melinda Gates.»

Cette initiative a permis à Richard d’être le grand lauréat du prestigieux Prix Orange de l’Entrepreneur Social en Afrique de l’Année 2012 et d’être reconnu comme l’un des 150 Innovateurs Numériques lors du 150ème anniversaire de l'Union Internationale des Télécommunications en 2015.

Mais cette belle aventure finira par prendre un coup, les circonstances économiques défavorables des débuts d’années 2010, auront raison de son entreprise, «Par la suite, une dépréciation forte de la monnaie ghanéenne (les tricycles achetés en dollars mais repayés en monnaie locale) ont conduit à la faillite de mon entreprise en 2014.»

Ce n’est que partie remise. Richard décide de combler ses lacunes en business. Il part aux États-Unis, précisément à la Silicon Valley, le siège de la haute technologie mondiale, là où sont rassemblées toutes les grandes entreprises du monde (Google, Microsoft, HP, Intel, etc.), pour se former à l’entrepreneuriat. Il y apprend les rudiments qui bâtissent les grands entrepreneurs ; étoffe son carnet d’adresses ; améliore son anglais. Bref, il se forge une carrure de bon entrepreneur. Un an plus tard, il revient à Abidjan pour se relancer et servir son pays.

Nouveau défi : mettre en avant l’excellence de la Jeunesse

À son retour en Côte d’Ivoire, Richard est sidéré par un fait qu’il a du mal à vivre. Le manque de promotions et d’encouragements aux initiatives de Jeunes ivoiriens, pourtant si louables. C’est inconcevable, il se sent investi d’une mission, celle d’honorer et de motiver ces Jeunes entrepreneurs et leaders à faire encore plus pour leur communauté, «Au-delà de la visibilité, il y a tout un écosystème pour les jeunes entrepreneurs en Afrique francophone qui est en panne et qu’il faut pouvoir transformer ; c’est mon défi à moi.»  

Il nous sortira cette phrase très éloquente pour confirmer sa position, «On a tendance à dire que ‘’l’argent n’aime pas le bruit’’, mais il faut ‘’savoir quand il faut faire du bruit pour se faire de l’argent’’ et cela est particulièrement vrai pour les jeunes entreprises.»

Du bruit, il en fera pour ces Jeunes qui le méritent, comme cela se fait dans les pays anglophones où l’on met un point d’honneur à mettre en avant les réussites d’entrepreneurs de tous âges.

Cela est d’autant plus vrai que des histoires réelles et concrètes en donnent la confirmation. «À New York, il y a une jeune entreprise dénommée WARBY PARKER qui décida de se lancer dans la vente de lunettes en ligne (une nouveauté) en 2010, et il avait suffi d’un seul article de presse dans le magazine GQ pour avoir une liste d’attente de 20 000 acheteurs.» Nous confiera-t-il. Plus près à côté, au Nigeria, un excellent branding sur les réseaux sociaux a permis à de nombreux jeunes entrepreneurs, tels que Iyin ABOYEJI avec sa startup Flutterwave (qui a une solution prometteuse pour permettre aux marchands en ligne Africains d’accepter les paiements du monde entier sur leurs sites web) de décoller, en se faisant accepter par YCombinator, le plus prestigieux incubateur au monde et plus de 10 millions de USD levés à ce jour.

L’événementiel pour arriver à ses fins

Organiser de très grands événements à Abidjan. Des événements qui attireront du beau monde. Un public de quantité et surtout de qualité, des décideurs, des mécènes, devant lequel, l’on fera découvrir l’ingéniosité d’un Jeune, les solutions que celui-ci proposent pour résorber les problèmes de nos sociétés. Voici le défi de Richard.

Sans douter, il obtient la licence de l’organisation d’une série de conférences TED ici à Abidjan. Les conférences TED (Technology, Entertainment and Design) sont une série de conférences organisées au niveau international par la fondation américaine à but non lucratif The Sapling foundation. Elle a pour but de diffuser des «idées qui valent la peine d'être diffusées» Notre Jeune entrepreneur y voit un véritable moyen de présenter la force des idées et surtout celles venant des Jeunes Ivoiriens et Africains. Il obtient la Licence en 2011 et la première édition de TEDx Abidjan. Avec des amis, il fera de TEDx Abidjan, l’un des plus grands rendez-vous annuels de la Côte d’Ivoire. D’autres TEDx organisés en terre ivoirienne seront inspirés de cette grande rencontre, «C’est un évènement qui a pris de l’envergure au fil des années depuis 2011, grâce à la contribution de nombreux bénévoles, tel qu’Andeka OULE. Aujourd’hui, TEDx Abidjan a plusieurs jumeaux, TEDx Grand-Bassam et TEDx Yamoussoukro notamment.»

Richard est aussi l’initiateur d’un autre grand événement d’envergure mondial à Abidjan : Les Prix Jeunesse 35<35. Il le sait, il ne peut pas tout organiser lui seul, il présentera bientôt, la jeune personnalité qui assurera la relève de TEDx Abidjan, «Je profite de cette tribune pour annoncer qu’un nouvel organisateur de TEDxAbidjan sera annoncé pour bientôt car j’ai fait le choix de laisser s’exprimer d’autres talents.»

Les Prix Jeunesse 35<35, premiers Prix Jeunesse de l’espace francophone en matière d’innovation, entendent récompenser chaque année des jeunes francophones âgés de 18 à 35 ans qui ont fait des réalisations exceptionnelles au cours de l’année dans un espace qui regroupe 900 millions d’habitants sur les cinq continents.

Les lauréats de l’édition 2017 viennent d’être annoncés et il est bon de savoir qu’en 18 mois, Richard et son armée de volontaires ont réussi à rassembler et à faire se réseauter plus de 500 jeunes entrepreneurs de la Francophonie à travers son organisation l’Association 3535.

Au titre des projets, Richard SESHIE vient de lancer une initiative de formation. Il en parle, «À un niveau personnel, je viens de lancer mon cabinet "OPPORTUNITOUS" (http://www.opportunitous.com) qui organise des séminaires de formation pour les porteurs de projet qui cherchent du financement et oriente les personnes qui recherchent des opportunités de bourses, conférences, stages et autres activités à l’international.» A travers cette initiative, il voudrait transmettre tout ce qu’il a appris et faciliter pour plus d’ivoiriens et d’africains des opportunités de mobilité à l’international.

Entre autres projets, il prévoit de lancer un programme de mobilité de jeunes stagiaires et professionnels internationaux dans les startups Tech et Eco-tech d’Afrique ; un réseau de maisons d’accompagnement d’affaires propre à l’espace francophone pour faciliter les affaires de jeunes entrepreneurs ivoiriens qui visent le Canada et vice-versa, etc. Les idées foisonnent dans son esprit et il s’engage à les concrétiser toutes, si Dieu lui donne encore de vivre pour longtemps.

Membre du nouveau Réseau Francophone International de Jeunes Gens d’Affaires qui vient d’être lancé à Montréal en juin 2017, Richard organisera cette année : «INSPIRATION FRANCOPHONE» (http://www.inspirationfrancophone.com), qui verra 8 jeunes innovateurs francophones venir partager leurs parcours exceptionnels le 15 septembre 2017 à l’Institut Français.

Jeunes africains, nous avons un continent d’opportunités

À la question de savoir quel était son regard de la Jeunesse africaine aujourd’hui, Richard SESHIE nous sort cette belle et longue phrase qui ne peut venir que de lui seul, «Il y a une jeunesse africaine qui se noie dans les mers pour rejoindre l’Europe et il y a une jeunesse africaine dorée habituée aux palaces des capitales européennes. Entre ces deux, il y a une jeunesse qui s’expatrie pour mieux revenir ou qui reste au pays pleine d’ambitions et de volontés pour imaginer, concrétiser et bien déterminée à réussir. C’est la somme collective de toutes ces réussites qui transformeront le visage de l’Afrique et feront de l’Afrique, un continent dont nous pouvons être fiers et un endroit où il fait bon vivre et que nous léguerons à nos enfants.»

Parti de presque rien, Richard SESHIE est aujourd’hui une personnalité du monde entrepreneurial de la Jeunesse africaine très prisée et beaucoup sollicitée.

Sans surprise, il a été fait, à l’instar de dizaines autres Jeunes Leaders du monde, Global Shaper du Forum économique Mondial en 2016. Il a également, au vu de ses actions, été sélectionné pour faire partie de la première promotion Young Leaders d'Africa-France.

Jeunesse africaine, Richard SESHIE a un message pour toi, «L’Afrique des opportunités, ce n’est pas demain comme on laisse à le penser. L’Afrique des opportunités, c’est aujourd’hui." Croyez en vous, enrichissez-vous par la lecture et de par vos expériences, donnez à votre imagination toute l’ivresse possible, embrassez une idée qui vous passionne à n’en plus dormir la nuit, entourez-vous de personnes plus talentueuses que vous et concrétisez autant que ce peu tout ce dont vous avez rêvé. Votre réussite, c’est la réussite de l’Afrique.»

Auteur de l'article

Yannick DJANHOUN

Yannick DJANHOUN est un Journaliste ivoirien de 30 ans. Actuellement Rédacteur en Chef de Tomorrow Magazine, c'est un passionné des questions touchant au leadership de la Jeunesse africaine et de l'éducation des enfants.

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