Nous avons survécu et nous allons prospérer Leadership

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Les mauvaises gouvernances des autorités et la mentalité exécrable des populations sont des phénomènes qu’il faut réussir à combattre, pour espérer voir un jour l’Afrique sortir de sa précarité. Sédrick N’GOTTA est un jeune Leader ivoirien très regardant sur cette question de bonnes gouvernances et il nous livre sa vision d’une Afrique vainqueur.

 

Tomorrow Magazine : Qui est Sédrick N’GOTTA ?

Sédrick N’GOTTA : Merci pour l’opportunité que m’offre Tomorrow Magazine de m’exprimer à mes frères et sœurs Jeunes d’Afrique. Je suis un activiste numérique qui a plus de quatre ans d’expérience dans les domaines de la démocratie et de la gouvernance. En particulier sur les questions de promotion de la participation citoyenne, d’observation des élections, et des actions de plaidoyer sur la transparence dans les affaires publiques et de lutte contre la corruption. Volontaire et engagé, je travaille activement pour une meilleure compréhension et utilisation des TIC et des plates-formes basées sur le web pour soutenir la participation citoyenne en Côte d’Ivoire. Je viens d’être sélectionné pour le programme américain Mandela Washington Fellowship et je souhaiterais utiliser les connaissances que je vais acquérir lors de mon prochain voyage aux États-Unis pour développer « Open Africa Initiative », une organisation à but non lucratif que j’ai cofondé récemment.

TM : Vous avez été sélectionné cette année pour participer au Mandela Washington Fellowship, avec un voyage de formation de six semaines aux États-Unis, qu’est-ce qui a milité en votre faveur pour être sélectionné ?

SN : Je pense que chacune des 15 personnes sélectionnées a démontré qu’elle était capable de réaliser des choses qui semblaient impossibles au départ, la concrétisation d’idées novatrices en faveur de la communauté et  qui n’auraient pas germé sans beaucoup de passion, d’engagement et de détermination. En ce qui me concerne, c’est d’avoir contribué à la réussite du PVT (Parallel Vote Tabulation), ou comptage rapide des votes durant l’élection présidentielle de 2015.

Lorsque la POECI a décidé d’opter pour le PVT, une technique scientifique d’observation avancée qui utilise les statistiques et les technologies de l’information et de la communication pour son activité d’observation des élections présidentielles en Côte d’Ivoire, personne y compris moi n’avait réellement conscience des difficultés potentilles du projet. Mais, nous étions vraiment ravis de relever le défi d’organiser un PVT dans un pays francophone.

Personnellement, j’étais préoccupé par l’impact d’un éventuel échec sur la crédibilité des élections et peut-être entraîner une nouvelle crise socio-politique. Le jour de l’élection, j’ai mis en place et administré le centre de collecte de données de la POECI, qui a collecté et analysé en temps réel plus de 5 000 SMS provenant de 755 observateurs postés dans les bureaux de vote répartis sur un échantillon statistique et représentatif dans toute la Côte d’Ivoire. J’ai aussi recruté et formé 28 agents de collecte de données, et ma gestion du centre de données a permis à la POECI de rassembler 100%  des données le jour même de l’élection. Ce qui est une première dans l’histoire du PVT en Afrique subsaharienne. Ce qui a permis à la POECI de publier des estimations précises, et de renforcer la confiance du public.

TM : Selon vous, quel est ce grand mal qui gangrène tant l’Afrique et qui l’empêche de prendre son envol ?

SN : Il s’agit de la corruption et de la non-participation des citoyens à l’efficacité de l’action publique. C’est que la taille du budget des gouvernements africains  progresse chaque année mais il semble que rien ne s’améliore vraiment dans la fourniture des services sociaux de base comme la santé et l’éducation. Même si nous apprécions les récents efforts de nombreux pays africains rélatifs aux reformes faisant la promotion de la transparence et la lutte contre la corruption, nous disons qu’il est extrêmement important que nous arrivions à évaluer correctement l’action gouvernementale et demander que tous soient soumis au respect de la loi pour que les politiques publiques conduisent au changement que nous espérons tous.

Nous disons aussi que c’est le moment de doter les citoyens Africains d’une nouvelle gamme d’outils qui leur permettent d’obtenir facilement l’information sur ce que le gouvernement est en train de faire, avec quel argent il le fait et connaitre le temps imparti pour y arriver. Les citoyens devraient également bénéficier davantage de moyens sécurisés pour dénoncer un agissement d’un agent public qui lui semblerait anormal. 

TM : La notion de bonnes gouvernances vous est très cher, pouvez-vous nous dire pourquoi ?

SN : Pour moi, nos gouvernements devraient s’évertuer davantage à savoir exactement ce dont les populations ont besoin, en les écoutants, en les amenant à participer aux politiques publiques, en leur rendant compte de l’exécution de ces politiques. Cette mission doit être considérée comme la recherche de l’or pur. Une mission encore plus importante que l’exploitation de richesses dont dispose notre continent. Comment pouvons-nous prétendre améliorer les conditions de vie des populations si nous ignorons complètement les domaines déficitaires et la façon dont ces déficits doivent être comblés ?

La bonne gouvernance est le seul moyen de réconcilier les besoins des populations et la conduite de politiques de développement. C’est un système de gestion qui se focalise sur cinq objectifs :

  • Le devoir d’équité et d’éthique
  • Le devoir de participation
  • Le devoir de transparence
  • Le devoir de redevabilité (rendre compte)
  • Le devoir d’efficience et d’efficacité

Recherchés de façon cumulative, ces cinq objectifs permettront à cout sûr à nos sociétés d’amorcer un réel développement dont les avancées seront aisément perceptibles et dont les résultats seront durablement observables.

TM : Un dernier mot à l’endroit de la jeunesse.

SN : En 2011, c’est-à-dire il y a 5 ans de cela, la survie du dynamisme de la Jeunesse Ivoirienne était un défi et tout était une priorité (universités fermées, emplois inexistants, mœurs et valeurs à redéfinir, confiance en soi à reconstruire…). Nous nous sommes engagés à fond sur tous ces chantiers à la fois parce qu’en réalité, nous n’avions pas le choix. Il a fallu des mois, voire des années avant que l’aide extérieure n’arrive et quand elle est arrivée, elle ne correspondait pas vraiment à nos besoins.

Nous avons dû avoir recours à nos ressources propres, à nos idées propres, le tout propulsé par un profond désir de faire sortir notre pays, la Côte d’Ivoire, du chaos et du désordre (que certains nous en imputent la responsabilité).

Mais de ces années, nous avons appris 3 choses importantes :

  • Nous n’avons pas besoin d’avoir toutes les réponses aux questions que nous nous posons pour nous engager dans une initiative que nous estimons louable ;
  • Nous avons suffisamment de ressources et d’idées propres pour commencer ;
  • Nous ne pourrons jamais progresser tant que nous ne sortons pas de notre zone de confort et que nous ne nous évertuons pas à nous améliorer et à donner le meilleur de nous chaque jour que Dieu fait.

À la jeunesse ivoirienne je peux dire, nous avons survécu et nous allons prospérer !!!

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