Stéphane KOUAKOU, passionné de publicité, mais pas que… Leadership

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Sommes-nous réellement condamnés, en Afrique, à se laisser guider par la fausse idée selon laquelle il est impossible d’atteindre les sommets, si l’on n’a pas un parent bien placé dans la société ? Cette trop légère manière de penser, qui règne en maître aujourd’hui, est si ancrée dans les mentalités que l’espoir de voir les choses changer un jour est devenu une donne chimérique. De nombreux Jeunes africains croient dur comme acier que le ‘’sefonisme’’ est la seule porte de sortie, si tu veux réussir vite et assurément. Stéphane KOUAKOU et de nombreux autres Jeunes africains, heureusement, tiennent en haine ces mœurs-ci. Pour ces derniers, avec les dix doigts des deux mains et avec le cerveau, on peut se construire, construire ses rêves et les accomplir sans ‘’tricher’’. Stéphane est un exemple à suivre et c’est bien pour cette raison que Tomorrow Magazine vous l’offre pour ce mois d’octobre.

 

Le quartier chic de la Riviera 2 à Abidjan, abrite le siège de la plus puissante agence de publicité et de communication d’Afrique de l’Ouest, Voodoo Group. Contrairement aux nombreuses autres agences de publicité présentent sur le sol ivoirien, Voodoo Group est le rêve d’un ivoirien. Ce rêve, Fabrice SAWEGNON, PDG de l’entreprise, l’a communiqué à des dizaines de Jeunes africains, de qui il s’est entouré et qui comme lui, sont tous aussi créatifs qu’inspirés. Dès notre entrée dans l’enceinte de Voodoo, nous croisons le chemin du big boss. Les mains dans les poches, il converse tranquillement avec Muss de MAM, un rappeur ivoirien de renom. Ce serait super-bien de parler de Fabrice dans ces colonnes, il y a tellement à dire sur lui, mais bref. Nous n’y étions pas pour le rencontrer, lui, mais pour découvrir Stéphane KOUAKOU.

Lorsque nous pénétrons dans le bureau de Stéphane, il nous accueille avec un sourire. Nous découvrons un Jeune à la barbe fournie, mais bien soignée. Il nous dira plus tard avec humour qu’il laisse pousser sa barbe pour ne pas ressembler à monsieur tout le monde. Homme hilarant et calme en même temps, Stéphane semble très respecté de ses collègues. Une phrase d’éloge lancée par l’un d’entre eux, achève de nous convaincre qu’on n’a pas fait le mauvais choix. Il y a de la motivation et de l’inspiration dans l’air.

La publicité, une passion réelle

Rien d’extraordinaire à raconter sur le parcours scolaire et universitaire de Stéphane KOUAKOU. À l’école, il a le même parcours que la plupart d’entre nous. Il fait ses premiers pas d’élève à la maternelle au Centre Pilote de Cocody. Ensuite ses parents l’inscrivent au Groupe Scolaire Protestant de la même commune. Il y obtient son Entrée en 6ème et intègre le Collège Secondaire Protestant (CSP), devenu aujourd’hui Collège Secondaire Méthodiste (CSM). Mais c’est au lycée Scientifique de Yamoussoukro qu’il empoche son BAC C. Stéphane accède plus tard à l’École Supérieure de Commerce d’Abidjan (ESCA), une école du prestigieux Institut National Polytechnique Houphouët Boigny (INPHB), où il fait des études de commerce.

La passion de la publicité, Stéphane l’entretient depuis la classe de 2nde. Mais tout petit, il rêvait d’autre chose. D’architecture notamment. Aujourd’hui n’exerçant pas cette profession, il trouve tout de même une certaine similitude entre sa passion, la publicité et son rêve, l’architecture, «Je crois que l’architecture et la publicité ont une chose de magique en commun : la créativité. C’est extraordinaire de partir de rien et de sortir une merveille de son esprit.» C’est devant un poste téléviseur que lui naît la passion de la publicité. Stéphane nous raconte son émerveillement à chaque diffusion d’une publicité bien réalisée, «Devant la télévision, j’étais toujours fasciné par certaines publicités. Je trouvais extraordinaire de constater qu’on peut changer la vision ou les préférences d’un consommateur à travers une stratégie publicitaire.»

Il finit par se faire la promesse de devenir un jour expert en la matière. Lui aussi a bien envie d’aider une entreprise à booster son produit grâce à une stratégie de communication savamment orchestrée. Il le dit lui-même, « La publicité est d’autant plus passionnante qu’elle permet de résoudre le problème d’un client, en utilisant quelque chose de beau et de captivant. » Cette ambition ne le quittera plus. Quoi de plus excitant de travailler dans l’agence qui concevait toutes ces publicités d’Orange, par exemple ? Son rêve, à cette époque, c’est d’intégrer un jour Voodoo. Et il a travaillé à cela.

Une entrée ‘’normale’’ chez Voodoo

On pourrait penser que ce n’est pas donné à tout le monde d’intégrer une entreprise comme Voodoo, même pour un stage. C’est tout normal, car ceux qui y travaillent sont des virtuoses dans leur domaine d’activité. Si Voodoo est N°1, c’est surtout grâce à la qualité de sa ressource humaine.

Stéphane est très bien informé de ce fait, mais il est déterminé à s’offrir une toute première expérience professionnelle chez ‘’les sorciers de la communication’’. Comme tout le monde, il dépose sa candidature, «Pendant ma première année d’école d’ingénieur, je dépose mon dossier de demande de stage chez Voodoo, comme le faisaient de nombreux jeunes étudiants de ma promotion.» Ensuite, il obtient un entretien. Pendant sa première rencontre avec les responsables de l’entreprise, Stéphane présente tout ce qu’il sait faire et se sent très à l’aise devant eux. Ses réponses et ses points de vue réussissent à les faire éclater de rire.

Tout naturellement, Stéphane obtient un stage de trois mois, au cours desquels il découvre les principes basiques de la stratégie de publicité. Très réceptif des conseils et de la formation que lui dispensaient ses responsables, il apprend très rapidement. Le stage se déroule bien, mais arrive vite à expiration. Satisfait de sa prestation, Voodoo lui propose de reconduire le stage, mais sa réaction est surprenante, «Après cette période de stage, je suis relancé par Voodoo, mais je refuse car je veux retourner à l’école pour poursuivre mes études.» Pour lui, terminer ses études est une priorité et un challenge à atteindre. Pas question d’abréger sa formation théorique, il a encore beaucoup à apprendre. Après quelques années d’études, il part en Angleterre dans le cadre du cursus de son école. Il y a l’occasion de perfectionner son anglais. De retour en Côte d’Ivoire, il file déposer ses dossiers une fois encore chez Voodoo, mais cette fois-ci pour l’obtention d’un emploi. Son profil séduit à nouveau l’employeur et il est admis à effectuer un pré-emploi de six mois, qui s’avère concluant. Comme pourrait donc le penser certaines personnes, intégrer une entreprise d’élite est à la portée de qui sait où il va, «Franchement, je n’ai pas eu de difficulté à intégrer l’équipe de Voodoo, j’ai juste déposé un CV qui a plu et j’ai bénéficié d’un entretien qui a convaincu.»

Jeune, mais incontournable

Il y a 11 ans que Stéphane KOUAKOU est à Voodoo Group. Toutes ces années passées dans la boîte ont fait de lui l’un des experts en publicité les plus respectés en Afrique noire francophone. Il y débute sa carrière professionnelle en tant que chef de pub junior, à seulement 21 ans. Il gravit progressivement les échelons. Il passe ensuite au poste de chef de pub senior, puis de chef de groupe avant d’être l’un des directeurs clientèle de l’entreprise. Sa perspicacité technique et ses avis éclairés sur les campagnes publicitaires des clients de l’agence lui donnent la confiance de ses patrons. Il accède, de ce fait, successivement aux postes de planner stratégie, de directeur stratégie et aujourd’hui de directeur média, digital et innovation. Poste qui d’ailleurs vient tout fraîchement d’être créé.

Ce pôle qu’il dirige regroupe, en tout, quatre entreprises. Voodoo média qui édite les magazines Life et Tycoon ; Malife qui est une offre que Voodoo a développée avec Orange Côte d’Ivoire ; Voodoo Prod qui sera bientôt lancée et qui sera chargée de la création de contenu et Voodoo Digital qui, comme son nom l’indique, proposera des services de stratégie digitale, de gestion de réseaux sociaux, de création de sites web et d’applications mobiles. On imagine aisément la lourde responsabilité professionnelle qui est la sienne. Pour Stéphane, c’est un challenge et il adore les défis, «Mon travail, c’est de piloter ces quatre entreprises, de définir une stratégie de développement, de les pousser à délivrer le maximum.»

Il peut s’enorgueillir d’avoir à son actif la mise en place de plusieurs stratégies publicitaires de grandes marques, d’institutions et d’événements en Côte d’Ivoire, qui ont eu du succès. On pourra citer entre autres Orange Côte d’Ivoire, Tuborg, Awa, CEPICI, Air Côte d’Ivoire, Flag, Jumbo, SARA 2015, etc.

Une belle rencontre avec Barack OBAMA

Indiscutablement et on peut le dire sans sourciller, Stéphane KOUAKOU est un Leader. Il fait partie de cette nouvelle génération de Jeunes leaders africains qui croient au développement du continent et qui s’engagent résolument à son développement. Mais attention à ne pas dormir sur ses lauriers, nous dit Stéphane, «Je crois que dormir sur ses lauriers et sur ses acquis est une chose dangereuse pour notre intelligence et pour notre talent.»  Il nous dira, par ailleurs, qu’il est très important de se frotter à d’autres personnes pour jauger de son niveau réel.

Young African Leader Initiative est un très bon créneau pour cet exercice. Stéphane décide alors de postuler au Mandela Washington Fellowship for Young African People du président Barack OBAMA. «Je décide de postuler à YALI parce que j’estime qu’après 10 ans de carrière dans une agence comme Voodoo dans laquelle j’ai écrit des stratégies de communication pour de grandes entreprises, je dois me frotter à d’autres Jeunes africains meilleurs que moi ou tout au moins du même niveau, pour évaluer où j’en suis réellement.»

Ce programme de formation très sélectif de Jeunes Leaders africains a été mis sur pied par Obama et consiste en une formation de six semaines dans les universités les plus prestigieuses d’Amérique. YALI vient à point nommé, car Stéphane commence à s’intéresser de plus en plus à tout ce qui se passe autour de lui. Il ressent le besoin de passer à une autre étape. Ce programme était ce qui lui permettrait de ‘’grandir’’, «J’y suis allé avec un projet que je suis en train de monter et qui s’appelle ‘’Power’’ dans la catégorie Business Entrepreneurship et par la grâce de Dieu, ça a marché. Après, avec 999 Jeunes leaders africains, je pars aux États-Unis pour une formation de six semaines. J’étais à l’université de Texas, à Austin.»

L’un des points-clés de ce séjour didactique aux États-Unis est, selon lui, le Sommet des Jeunes Leaders Africains. Pendant cet événement qui survient après les six semaines de formation, le président Barack OBAMA, présent, délivre un message à la Jeunesse. De ce discours, Stéphane a été enrichi, «Le président Obama, dans son discours, nous a dit beaucoup de choses, mais j’en ai retenu une particulièrement. Il a dit : Si vous avez un objectif dans la vie, vous n’avez pas besoin qu’on vous nomme à un poste pour l’atteindre.» Cette réflexion trouve l’adhésion totale de notre Jeune Leader qui pense que la jeunesse africaine, aujourd’hui, ne devrait pas atteindre qu’on lui offre des faveurs particulières pour accomplir sa mission ou ses rêves. Pour lui voici simplement ce qu’il faut faire, «Nous devons définir ce que nous voulons et nous mettre simplement en route.»

Beaucoup d’autres choses l’auront inspiré dans cette expérience. Stéphane ne les garde pas pour lui seul. Il a décidé, à l’instar de tous les autres YALI, de les partager avec tous ces Jeunes qui travaillent à faire bouger les choses. Il organise déjà des retours d’expériences et des séances d’informations sur le programme YALI sont prévues, pour permettre aux autres de savoir ce que c’est et d’en bénéficier. Stéphane compte donner des formations gratuites aux Jeunes.

La publicité, mais pas que…

Nous avons évoqué l’amour fou de Stéphane pour la publicité, mais on ne saurait occulter sa grande admiration de la photographie, de la musique et surtout de la poésie, qu’il pratique également. Mais comment fait-il pour se trouver du temps pour toutes ses passions ? «Est-ce que j’ai le temps de poursuivre toutes ces passions ? Non, ce n’est pas évident. Mais en même temps, il ne faut pas trouver des excuses pour ne pas faire ce qu’on aime ou ce qui pourrait contribuer à notre bonheur, à cause d’un quelconque manque de temps.» Il dit, par ailleurs, être reconnaissant à Dieu d’être à mesure de ressentir toutes ces passions à la fois, «J’ai une chance immense d’exercer le métier que j’aime. J’ai aussi reçu la grâce d’aimer la beauté et de vouloir toujours réaliser quelque chose. Dieu m’a fait la grâce d’aimer écrire, d’aimer transformer un instant en beauté. Et pour chaque chose que j’aime, je m’y mets, parce que je ne veux pas gaspiller le souffle de vie qu’Il m’a donné.»

Son amour pour la poésie, il l’a depuis les années lycée et a été déclenché par des sentiments qu’il avait pour une amie de classe. Cet amour des lettres a accouché d’une œuvre littéraire, «J’ai sorti un recueil de poèmes intitulé ‘’Brutal’’. Cette œuvre évoque le choc de la vie. On peut passer d’un fou rire à la tristesse et de la tristesse au fou rire. J’ai essayé de représenter la brutalité du changement de nos émotions durant la vie.»

Convaincu que les autres sont une richesse pour lui, Stéphane KOUAKOU déclare que les rencontres et les découvertes lui permettent de se redécouvrir, d’approfondir ses capacités professionnelles et de développer son sens des relations humaines. C’est pourquoi son rêve le plus fou, c’est de visiter cent pays. Quoique loin du compte, il espère pouvoir satisfaire cette envie.

Auteur de l'article

Yannick DJANHOUN

Yannick DJANHOUN est un Journaliste ivoirien de 30 ans. Actuellement Rédacteur en Chef de Tomorrow Magazine, c'est un passionné des questions touchant au leadership de la Jeunesse africaine et de l'éducation des enfants.

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