Israël YOROBA, la communication digitale, toute une vie Leadership

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L’Afrique peine à se mettre dans la course au développement. En dépit de ses immenses richesses, elle piétine toujours dans le bas du tableau. L’espoir ? Difficile d’en trouver, surtout lorsque notre attention se pose sur les interminables crises armées, la corruption, le népotisme, etc. Mais, employons-nous à ce petit exercice. Détournons nos regards, juste un instant, de ces facteurs négatifs et laissons-nous lénifier par la richesse en ressources humaines de sa Jeunesse. C’est un fait et c’est indéniable, la Jeunesse africaine constitue une force véritable et redonne de l’espérance. Israël YOROBA, redonne de l’espoir. Blogueur et journaliste, l’un des meilleurs de sa génération, ce jeune ivoirien fait partie de cette nouvelle race de Jeunes leaders africains qui croient aux potentialités du continent et à sa réussite.

 

C’est dans une villa huppée des deux Plateaux, quartier chic de la commune de Cocody à Abidjan, que nous rencontrons Israël YOROBA. Ce n’est pas sa résidence, mais un lieu où il est en consultance.

Dans un coin de la salle, nous apercevons un complet costume qu’il a pris soin d’apporter pour les besoins de la séance photo qui se fera juste après l’interview. Un nœud papillon confectionné avec des motifs de pagne, accompagne le costume, signe de son attachement à la culture africaine.

Apparemment très occupé, Israël nous prie de patienter quelques minutes, le temps de terminer un boulot en cours. Ce Jeune leader assis en face de nous inspire le respect. Son parcours, témoigne de sa volonté de briser les barrières des limites. Grâce à sa plume et à internet, il a été, en 2008, Sacré Meilleur blogueur Francophone par le Deutsche Welle lors de la coupe du monde des blogs, en Allemagne. En mars 2009, il glane le Prix Spécial du meilleur blog de Journaliste d’Afrique de l’Ouest par l’Institut Panos Afrique de l’Ouest, lors du Concours Waxal à Dakar au Sénégal. En 2011, Israël YOROBA se voit décerner le Prix Harubuntu-Catégorie Communication par l’ONG Belge Écho Communication et en 2016, une autre distinction. Lauréat et Premier prix de la Catégorie Blog et Innovation de la première édition des Prix Jeunesse Francophonie 3535. Une constance dans le travail qui en dit long sur la mentalité de cet ivoirien de 34 ans que nous vous invitons à découvrir.

Un rêve d’enfant devenu réalité

À l’origine, Israël YOROBA, c’est Israël GUEBO. YOROBA est le nom de son grand-père qu’il a décidé de s’attribuer, à la suite de l’une de ses toutes premières envies de singularité. En effet, c’est pendant son tout premier reportage, lors d’une cérémonie au cours de laquelle son père était présent, qu’il décide de changer de nom. Rien de méchant, Israël s’est simplement rendu compte qu’il devait, dans la rédaction de son article, mentionner le nom de son père ‘’GUEBO’’, et signer son papier avec son nom de famille ‘’GUEBO’’. Deux ‘’GUEBO’’ dans le même article. Cela le dérangeait fortement. «En réalité, je ne voulais pas que les gens fassent un rapprochement entre mon père et moi. J’ai donc écris Israël YOROBA au bas de mon article.» Dira-t-il pour justifier ce changement de nom. Et depuis, il s’est fait connaître sous le nom d’Israël YOROBA.

Né le 06 avril 1982 à Bouaké, deuxième plus grande ville de Côte d’Ivoire, Israël a commencé sa vie d’enfant dans la commune populaire et populeuse d’Abobo, à Abidjan, capitale économique du pays. Il a parcouru presque toutes les régions de la Côte d’Ivoire. Scolarité oblige. D’Abobo à Bongouanou, en passant par Daloa et Tiémé, Israël fréquente diverses écoles et obtient son baccalauréat à Korhogo dans le nord du pays. Cette longue odyssée, à travers la Côte d’Ivoire, a certainement eu des impacts sur ses habitudes, mais n’a cependant pas changé le rêve qu’il a toujours porté dans son cœur : devenir Journaliste.

En effet, tout petit déjà, Israël ambitionne de devenir un homme de média. Le métier de présentateur de journal télévisé le fascine et il s’extasie toujours devant le petit écran à chaque apparition de ses ‘’héros’’, notamment Levy NIAMKEY, Awa EHOURA, Georges Taï Benson, de grands noms de la télévision nationale ivoirienne. Sans prétention aucune de se hisser au niveau de ses ‘’héros’’, il est fier de déclarer qu’il a réalisé son rêve. Certes, pas en tant que présentateur télé, mais comme journaliste de presse écrite et professionnel des nouveaux médias (Blogs, réseaux sociaux, webtv, etc.)

Une fois le BAC en poche, Israël, avec la bénédiction de son père décide de continuer ses études à Abidjan. Il s’inscrit en faculté de droit puis en Sciences politiques, à l’Université Catholique d’Afrique de l’Ouest (UCAO). Il y obtient fait trois ans plus tard une licence. Il fait d’ailleurs partie de la première génération d’étudiants juristes de cette prestigieuse université.

Le rêve bien vicié dans l’esprit, il se met ensuite à chercher inlassablement des opportunités de stage dans des organes de presse de la place. La chance lui sourit et il obtient un stage au Nouveau Courrier, un quotidien de la place, grâce au journaliste franco-camerounais Théophile KOUAMOUO, qu’Israël considère comme celui à qui il doit tout. Stagiaire, il prend plaisir à découvrir ce monde des médias dont il a tant rêvé. Sa très grande soif d’apprendre, lui permet d’assimiler très rapidement les différents rudiments de la presse écrite. Mais au bout d’un an, Israël prend une décision surprenante. Il décide de tout arrêter. Il prend le risque de se consacrer à une nouvelle passion, pas si loin de la presse écrite, le blog. Il nous explique la raison de ce revirement, «Mon départ a été motivé par le fait que je venais de découvrir un nouvel espace d’expression moins cloisonné et qui me donnait une totale liberté d’expression, le blog.»

Bloggeur et expert en communication digitale

Né et répandu dans les pays occidentaux depuis le début des années 2000, le blog n’était vraiment pas connu en Afrique. Certains pionniers s’y sont intéressées en premier et ont donné l’envie aux autres de s’y mettre. En Côte d’Ivoire, Israël YOROBA et d’autres Jeunes ivoiriens ont commencé à bloguer et ont incité leurs amis à franchir le pas. La toute première formation de blogueurs organisée en Côte d’Ivoire est le fait d’Israël, «J’ai organisé la première formation de blogueurs en 2007. Il y avait 20 personnes et c’était une formation gratuite. De cette formation, sont sortie des blogueurs tels que Roland POLMAN, Amévi MIDEKOR, Josias YOBOU, Donatien KANGAH…» Aujourd’hui, Israël peut être fier d’avoir dispensé, à travers toute l’Afrique, des formations à des milliers de jeunes qui vivent de leur blog.Le blog lui a donné la notoriété qu’il a aujourd’hui. Mais être connu et être sous le feu des projecteurs n’a jamais été son ambition. Israël ne visait pas à devenir une personnalité. Il a décidé de créer un blog juste pour s’exprimer, pour partager ses idées et ses aspirations. Il ressentait simplement le besoin de parler librement. Au début, il s’en souvient comme si c’était hier, le nombre de visites que générait son blog était vraiment méprisable, «Au départ je n’avais que cinq ou six visiteurs par mois. Malgré ce petit nombre de personnes qui visitaient régulièrement mon blog, je ressentais une joie immense. C’est plus tard que sont venus les félicitations et les nombreux commentaires.» Ces commentaires ne viennent pas que de la Côte d’Ivoire. Partout en Afrique et dans le monde, on reconnaît la belle plume d’Israël. De nombreux jeunes ivoiriens ont été inspirés par le succès de son blog et se sont lancés. Moralité : il faut aimer ce qu’on fait, y croire et être persévérant pour impacter sa génération.

Être son propre employeur, un principe

De tout son riche parcours professionnel, Israël YOROBA n’a presque jamais travaillé pour un employeur. En dehors des quelques piges effectuées pour certains médias, il a toujours bossé pour lui-même.

Enfant, il goutait déjà au plaisir de l’entrepreneuriat, «J’ai toujours eu cette envie d’être mon propre patron. Depuis tout petit, je m’y étais déjà pris. À neuf ans, je vendais de l’eau en sachet dans une gare routière de Bongouanou. À 14 ans, je revendais les chips de ma mère à l’école…», se rappelle-t-il. À un âge plus avancé, étudiant, il devient ‘’blackist’’, terme employé pour désigner ces jeunes qui font du commerce au célèbre black market d’Adjamé, à Abidjan. Israël y revendait des ordinateurs, des téléphones mobiles. «J’avais toujours su que je deviendrai entrepreneur.» Insiste-t-il.

Mais au-dessus de tout, son premier amour demeure les médias. Il s’y sent tellement bien qu’en 1995, à 13 ans, il crée avec un ami une ‘’radio’’ qui émet dans un petit quartier de la ville de Daloa. En ce temps-là, il n’y avait que la radio nationale qui émettait dans cette ville. La création et l’animation de cette ‘’radio’’ par Israël et son ami avaient pour principale conséquence de le persuader davantage qu’un jour, il deviendra journaliste.

En 2009, après l’obtention de son diplôme de Journaliste à l’École Supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille, il rentre en Côte d’Ivoire et créé avec des amis une agence de webmarketing et d’accompagnement média, dénommée E-Voir. À part la gestion quotidienne de son entreprise, Israël travaille pour l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie, pour laquelle il est consultant. Il y forme donc des députés ou des sénateurs sur comment allier la communication digitale à la communication parlementaire. Il a également été le formateur du service Web de la présidence de la République de Côte d’Ivoire et du service presse du président de l’Assemblée Nationale, Guillaume SORO. De mai 2015 à avril 2016, il a été responsable de la communication digitale du ministère ivoirien de la promotion de la Jeunesse, de l’emploi des Jeunes et du service civique. À seulement 34 ans, et on peut le dire sans tergiverser, Israël YOROBA est devenu l’un des experts africains en communication digitale les plus compétents de sa génération.

Son talent se fait remarquer. TV5 monde, l’une des plus grandes chaînes de télévision francophone au monde s’intéresse fortement à son travail. La chaîne de télévision lui propose d’être l’un de ses correspondants en Côte d’Ivoire et c’est avec beaucoup de fierté qu’il a accepté de travailler avec ce média, «En 2008, mon travail a été remarqué par TV5 et cette prestigieuse chaîne de télévision m’a fait l’honneur de devenir le correspondant du site internet de la rédaction.» Son passage à TV5 a été fort apprécié. On s’en souvient encore, il s’était fait fortement distinguer par sa couverture des élections américaines tout en étant à Abidjan. C’était assez inédit de parler de toute l’inspiration que donnait le candidat Obama à toute la population abidjanaise. Il y avait une danse Obama, un carrefour Obama, une coiffure Obama, des gadgets Obama… Un vraie «Obamania». Il est resté correspondant pour ce média jusqu’en 2013.

Créer un Média Center pour l’Afrique

«Je trouve aberrant que pour écouter une information dont la source se trouve à 500 mètres de nous, on doit nécessairement capter France 24 ou Radio France Internationale.» s’indigne Israël YOROBA. En sa qualité de professionnel des médias et Leader d’opinion, il se dit très dérangé par le fait que ce soit toujours les médias occidentaux qui aient la primeur des informations concernant l’Afrique. Créer une école de journalisme à même de former des journalistes capables de produire du contenu essentiellement issu du continent et destiné au monde est, selon lui, la solution. «Il faut que les africains aient une voix propre à eux et qu’on arrête de parler à leur place. Je crois fermement que le projet de création de cette école est tout à fait possible.» Israël ne s’est pas arrêté qu’au simple stade de réflexion. Il a lancé depuis le mois d’octobre 2016, le programme Média Academy, qui est le projet pilote de la création de ce Média Center. 152 candidatures de six pays différents ont été enregistrées. 25 dossiers ont été retenus et ils sont finalement dix-sept à avoir réussi au test. Parmi les dix-sept, on compte un burkinabé et seize ivoiriens. Les difficultés liées à la réalisation de ce projet ne ternissent en rien sa volonté d’aller au bout de ce rêve et d’ailleurs, il y croît de plus en plus, «Le rêve est en train de se réaliser petit à petit.» Prédit-il.

Ceux qui connaissent Israël et qui sont attentifs à ce qu’il fait, remarqueront que toutes ses actions et réalisations vont dans le sens de la création de ce Média Center, «Que ce soit les sites avenue225, Classe fm, info presse, l’Essentiel, les formations que je dispense ou les conférences que je prononce, tout converge vers cet Institut de média qui est en train de naître.»

Pour cette nouvelle race de Jeunes leaders

Si seulement la jeunesse ivoirienne et africaine pouvait prendre conscience de la force qu’elle représente aujourd’hui, Israël en est convaincu, les choses changeraient, «Le jour où cette Jeunesse se rendra réellement compte qu’elle représente 70% de la population, elle changera le cours des choses.» Malheureusement, poursuivra-t-il le regard plus sérieux, «Ce sont les hommes politiques qui, malheureusement, sont les premiers à prendre conscience de cette force. Ils savent qu’avec un billet de 10 000 FCFA, on peut facilement manipuler un Jeune.»

La situation n’est cependant pas désespérée. Une nouvelle race de jeunes leaders et entrepreneurs est en train de voir le jour. Et ceux-ci, bien que peu nombreux, selon Israël, doivent être la clé du changement, «Je constate l’émergence d’une nouvelle race de jeunes qui ne jure que par le travail. Ils ne sont pas nombreux. Ils sont peut-être une cinquantaine ou une centaine, mais si chacun d’entre eux se met à former et à parler aux autres jeunes qui sont autour d’eux, d’ici cinq à dix ans, on en arrivera à un écosystème rayonnant, dynamique capable de donner une orientation nouvelle à la Côte d’Ivoire et à l’Afrique.»

Israël YOROBA, homme politique un jour ? Il nous répond avec philosophie, «Je ne sais pas de quoi sera fait demain, mais je refuse de m’enfermer dans un schéma.» Ce qu’il faut comprendre dans cette réponse, c’est que s’il arrivait un jour qu’il doit s’engager politiquement pour améliorer les conditions de vie de ses compatriotes, il n’hésiterait pas. Mais Israël YOROBA le sait, il n’a pas l’âme d’un politique. Pour l’instant, cela ne fait pas partie de ses ambitions.

On a tant à dire sur ce Jeune Leader. Mais, voici pour l’instant de quoi vous inspirer et vous faire découvrir Israël YOROBA. Avant de mettre fin à cette interview, il a tenu à adresser un message aux lecteurs de Tomorrow Magazine.

«À l’endroit des lecteurs, c’est de leur dire qu’en dépit de tout, il faut croire en la Côte d’Ivoire, en l’Afrique, en la jeunesse et à l’avenir. Je reste convaincu que tout le monde a une intelligence, tout le monde peut réussir et aller de l’avant. Le problème aujourd’hui, et je le répète, c’est que les gens n’ont pas conscience de leur talent. J’aime bien cette phrase : La chance, c’est comme la pluie, elle n’arrose que la graine qui est déjà semée. Ça veut dire que si ton talent n’est pas mis en exergue, les opportunités viendront à toi, mais jamais tu n’en bénéficieras.» Pas plus meilleur mot de fin que cette pensée.

Auteur de l'article

Yannick DJANHOUN

Yannick DJANHOUN est un Journaliste ivoirien de 30 ans. Actuellement Rédacteur en Chef de Tomorrow Magazine, c'est un passionné des questions touchant au leadership de la Jeunesse africaine et de l'éducation des enfants.

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