Tandis que Mahathir bâtissait la Malaisie, Bokassa détruisait la Centrafrique Leadership

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De nombreux hommes politiques ont fortement marqué de leur empreinte l’histoire de leur pays. Par leur intelligence, ils ont transformé leur nation. En bien ou en mal, ils ont forgé la mentalité de leur peuple. Jean-Bedel BOKASSA ou sa Majesté Bokassa 1er, empereur autoproclamé de la Centrafrique et Mahathir Mohamad, ancien Premier ministre de la Malaisie sont deux personnages d’une mentalité très différente. Pendant que l’un enfonçait l’économie de son pays dans les abîmes, l’autre développait celle de sa nation et faisait d’elle l’une des plus dynamiques de l’Asie.

Deux dirigeants, deux mentalités différentes

Le 31 décembre 1965, Jean-Bedel BOKASSA, alors chef d’état-major, accède au pouvoir par un putsch. Ce qu’on a appelé le coup d’État de la Saint Sylvestre a renversé le président David DACKO, cousin du putschiste, le 31 décembre 1965. Jean-Bedel BOKASSA, fils d’un chef de village, est né le 22 février 1921 à Bobangui, un petit village centrafricain.

Jean-Bedel BOKASSA est un ancien pensionnaire d’une école Catholique qu’il quitta pour entrer dans l’armée. Bon soldat, il gravit les échelons et devient Chef d’état-Major de l’armée centrafricaine grâce à son cousin David DACKO, qui devient président de la République grâce au soutien de la France. Ce dernier commet l’erreur de se rapprocher de la Chine et perd de facto le parrainage de la France. Le chef de la gendarmerie prépare un coup d’État et Jean-Bedel BOKASSA en profitera pour renverser son cousin, qu’il jettera ensuite en prison, pour s’assurer une gouvernance tranquille. Une fois au pouvoir de ce jeune État, qui n’a eu sa souveraineté qu’en 1960, Jean-Bedel BOKASSA prône la pratique de l’agriculture manuelle. Despotique et violent, il est pourtant soutenu par le gouvernement français, qui voit en lui un allié sûr pour la protection de son intérêt.

Pendant ce temps, de l’autre côté de la planète, la Fédération de la Malaisie qui a accédé à l’indépendance en 1957, a de fortes ambitions économiques. Ces ambitions sont portées par des hommes politiques, dont le très célébrés Mahathir bin MOHAMAD. Ce dernier, quatrième Premier ministre de la Malaisie, a été d’abord et successivement ministre de l’Éducation, vice-Premier ministre (1976), ministre du Commerce et de l’Industrie (1978), et dirigea plusieurs missions à l’étranger pour attirer les investisseurs.

Mahathir bin MOHAMAD a mis fin à l’aristocratie du pouvoir malaisien et est reconnu comme le père de la modernisation de son pays. Dès son accession au pouvoir, Docteur M (son surnom) décide d’affranchir son pays de l’influence néo-colonialisme britannique. Il prône une politique d’islamisation du pays et créé successivement en 1982 et 1983 la Banque Islamique de Malaisie et l’Université Islamique Internationale. Il veut un islam modéré et qui pourrait être le socle de développement du pays. Pendant son mandat de 1981 à 2003, il a fait de la Malaisie une grosse industrie de produits de haute technologie et une plaque tournante des finances et de la télécommunication.

Jean-Bedel BOKASSA a d’autres chats à fouetter que de construire des universités et des ponts pour son pays. Lui, il veut devenir président à vie de la Centrafrique. Il ne gardera d’ailleurs pas cette ambition pour lui seul, il le déclarera à toute la nation et à tout le monde entier. BOKASSA a le ventre plus gros que le monde. En jetant un coup d’œil juste à côté de lui, il voit et s’extasie devant la richesse insolente de son homologue libyen, Mouammar KADHAFI. Être l’ami du guide libyen lui attirera bien des faveurs et il le sait très bien. Pour cajoler le cœur de ce dernier, il décide de devenir musulman et se fait baptiser en 1976 Salah Eddine Ahmed Bokassa. La mégalomanie et le narcissisme de BOKASSA sont illimités. Après s’être affublé du titre de maréchal en 1974, il s’autoproclame Empereur de la république centrafricaine le 4 décembre 1977.

Mahathir bin MOHAMAD n’est pas l’homme politique parfait, mais il a néanmoins le mérite d’être celui-là qui est à la base de la modernité et du dynamisme de la Malaisie d’aujourd’hui. Avec son programme économique «Wawasan 2020» (Vision 2020), il ferme le pays aux multinationales et applique une politique de nationalisme corporatif. MOHAMAD est réputé pour avoir chassé du pays plus de 2 millions d’étrangers et tous les experts du FMI. Après cela, le taux de croissance du pays, allant jusqu’à 8,3%, était bien au-dessus de plusieurs États asiatiques étaient soumis aux exigences de la Banque Mondiale. Croyant à la vertu du travail et à ses bienfaits, Mahathir bin MOHAMAD a incité  ses compatriotes au travail. En 2002, la Malaisie a eu le taux de chômage le plus bas au monde. Ce chef d’États est également à l’origine de la création du constructeur économique Proton ; de l’aéroport le plus moderne du monde construit en 1998 ; de la nouvelle capitale de l’informatique et du multimédia Cyberjaya ; de la nouvelle capitale du pays Putrajaya et des tours jumelles de Petronas, les plus grandes au monde (452 mètres de hauteur).

En Centrafrique, le tout-puissant Jean-Bedel BOKASSA, le tout nouvel Empereur autoproclamé, prépare son intronisation. Il la veut identique à celle de Napoléon Bonaparte, l’empereur français. C’est son idole aime-t-il à le dire. La cérémonie est d’une opulence insolente… voire même insultante au regard de l’extrême misère sous lequel croule son peuple. BOKASSA dépensera 100 millions de francs français de l’époque, converti à aujourd’hui ça pourrait donner des milliards de francs CFA. Il fera venir 5 000 invités au Palais des Sports de Bangui. Aucun chef d’État ni de gouvernement ne fera le déplacement, excepté le Premier ministre de Île Maurice et Maurice GALLEY, le ministre français de la coopération. Jean-Bedel BOKASSA commande la réplique de la tunique de Napoléon chez l’un des plus grands couturiers de France, Pierre CARDIN. Des pierres précieuses, des fils d’or, des fourrures d’animaux sauvages, etc. Le célèbre joaillier Claude-Arthus Bertrand confectionne la couronne d’or pur sertie de 7 000 carats de diamants. 10 000 pièces d’orfèvrerie ; 60 000 bouteilles de champagne et de vin de Bourgogne ; 600 smokings et 200 uniformes sont convoyés vers la capitale centrafricaine.

Autre fait plus insolite que drôle, c’est la mort de deux des huit chevaux qui tiraient péniblement le carrosse d’or et de bronze du nouvel empereur autoproclamé.

Que retenir ?

Après le récit de tels parcours, chacun pourra tirer sa conclusion. Pour notre part, il n’y a rien d’autre à dire que notre Afrique souffre de la mentalité de sa population, ses dirigeants en premier chef. Pendant que Mahathir bin MOHAMAD développait une vision extraordinaire et futuriste pour son pays, Jean-Bedel BOKASSA enfonçait le tien dans des décisions égocentriques et démesurées.

Jean-Bedel BOKASSA et Mahathir bin MOHAMAD sont deux mentalités carrément différentes qui ont conduit leurs pays respectifs là où les sait aujourd’hui.

Les nouveaux défis face auxquels sont confrontés les nations sont tellement grandes qu’il faut vivement espérer une nouvelle génération de politiques, d’hommes d’affaires, d’étudiants et de citoyens africains qui ne vivent pas que pour eux-mêmes, mais pour leur communauté, pour leur pays, pour leur continent. Voici ce dont nous avons aujourd’hui besoin.

Auteur de l'article

Yannick DJANHOUN

Yannick DJANHOUN est un Journaliste ivoirien de 30 ans. Actuellement Rédacteur en Chef de Tomorrow Magazine, c'est un passionné des questions touchant au leadership de la Jeunesse africaine et de l'éducation des enfants.

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