Tomorrow Magazine, une passion au service de la Jeunesse africaine Leadership

 image

En 2010, la Côte d’Ivoire est en pleine crise post-électorale. Le pays est sous tension et au bord de la guerre civile. C’est pourtant dans cette atmosphère hostile qu’une équipe de Jeunes ivoiriens pense à la création d’un magazine exclusivement dédié à la formation de la Jeunesse africaine au leadership et à l’entrepreneuriat. Après de longues et minutieuses réflexions, Tomorrow Magazine est créé. Il est d’ailleurs, jusqu’aujourd’hui, le premier et l’unique magazine ivoirien exerçant dans ce créneau. Demain sera meilleur… Voici le slogan évocateur de ce média. La suite de l’aventure est une gageure. A à peine quelques mois de parution, de nombreuses difficultés perturbent la publication continuelle de ce mensuel. Mais, les péripéties n’arrivent pas à bout de la détermination de ses fondateurs, qui passionnés de communication, sont conscients de l’importance de ce formidable outil qu’ils viennent de créer. Découvrez une histoire, une passion…

 

Des mois et des mois sans le moindre salaire, le manque de fond de roulement, la carence des ressources humaines, l’insuffisance du matériel de production, l’inexpérience de la pratique du journalisme, etc. Il faut avoir une bonne dose de courage pour entreprendre dans les médias, surtout lorsqu’on est une arpète dans le domaine. C’est clair. Si l’on veut se mettre à lister les obstacles de l’aventure Tomorrow Magazine, nous risquons de ne pas finir maintenant. Roméo, Bama, Victoire, Yannick et bien d’autres membres actuels de la rédaction ont connu des vertes et des pas mures. Mais ces derniers n’ont rien lâché. Faire de ce média la principale plateforme d’expression de la Jeunesse africaine et l’outil privilégié de la promotion de cette frange de la population, a été le leitmotiv et le carburant de cette équipe.

Mettre la Jeunesse à la place qu’elle mérite

‘’La Jeunesse est l’avenir d’un pays’’. Voici une très belle phrase que tout le monde utilise pour exprimer son optimisme, quant à l’avenir radieuse d’une nation. Dans ces grandes rencontres organisées partout sur le continent, on ne manque pas, dans les grands discours, de le dire. Mais curieusement, les actions et les paroles sont en dichotomie. Même si le respect des actions menées par les décideurs est à respecter et à encourager, le bon sens voudrait qu’on ne cache toutefois pas la réalité. La Jeunesse africaine n’est pas traitée à sa juste valeur.

En créant Tomorrow Magazine, ces Jeunes ont voulu mettre un terme à une injustice : l’oubli de la Jeunesse ivoirienne dans les médias. En Côte d’Ivoire, il existe une kyrielle de périodiques, mais il n’en existe aucune qui soit dédiée à la promotion de ces Jeunes qui osent et qui arrivent, malgré les difficultés, à faire des choses extraordinaires. Le besoin de la célébration de l’éminence grise se fait grandement ressentir ; le besoin de partage et la volonté d’impacter sont palpables. Il faut combler le besoin, il fallait créer un média par lequel la Jeunesse entreprenante et cette nouvelle génération consciente puissent s’exprimer. «Promouvoir l’excellence de la Jeunesse, lui présenter des modèles de réussite jeunes, et qui vivent sur le même continent. Voici ce qui nous a motivés à créer Tomorrow Magazine.» Nous situe Bama AMANGOUA, Journaliste professionnel et Responsable de la production audiovisuelle.

Au siège de Tomorrow Magazine, à Abidjan Cocody Angré les Oscars, on est tout de suite frappé par la Jeunesse du comité de rédaction. La moyenne d’âge tourne autour de 25 ans. Journalistes, cadreurs, infographistes, webmasteurs, community management, commerciaux, etc. tous s’affairent à exécuter, chacun à son niveau, la mission assignée : inspirer la Jeunesse africaine, la sortir de ses limites et l’aider à changer de mentalité. La tâche est colossale et d’une importance capitale.

Le pari de l’audace

D’ordinaire, le projet de création d’un périodique est porté par des journalistes ou des communicateurs expérimentés. C’était loin d’être le cas pour l’équipe de Tomorrow Magazine. Pour la plupart, ils étaient étudiants en droit, en mathématiques, en bâtiment, en informatique et autres. Seul José-Landry GUEHI, le tout premier rédacteur en chef du magazine, avait fait des études en communication. «J’étais le seul communicateur de formation du groupe, mais il faut dire que chacun contribuait de façon étonnante à la mise en œuvre du projet.» Nous dira-t-il avant d’ajouter, «La passion et la forte volonté de réaliser quelque chose de grand incitaient tout le monde à se surpasser.»

La rencontre de ces Jeunes se fait dans le cadre des activités d’une organisation Internationale de Jeunesse dénommée IYF (International Youth Fellowship), dont ils sont tous membres. Celle-ci, née en Corée du Sud, a pour objectif de promouvoir la contribution de la jeunesse au développement. Bola BAKARY, Roméo KOUAME, Michaël DIBY, Beranger ESSOH, Amy TAPE, Bama AMANGOUA, Charly KODJO et José-Landry GUEHI découvrent qu’ils ont en commun, en plus de leur appartenance à la même organisation, la passion de la communication. IYF les enseigne le dépassement de soi et le changement positif de la mentalité. Ils en bénéficient largement, deviennent de nouvelles personnes et manifestent le désir de partager tout ce qu’ils ont reçu. Sans changement de mentalité, pas de développement pour l’Afrique. Ce fait est indéniable.

Après avoir effectué toutes les démarches administratives nécessaires et réalisé des études de la cible et du marché, l’équipe a organisé sur trois (03) jours, un séminaire de réflexion qui a réuni une cinquantaine de jeunes, pour comprendre les besoins et les aspirations de cette tranche d’âge. A l’issue de ce séminaire, la fiche technique du magazine a été élaborée, prenant en compte à la fois le contenu, la périodicité, le format et tous les autres aspects techniques du magazine. Les séances ont en outre permis de valider tous les produits dérivés du périodique (webzine, formations, conférences, productions audiovisuelles, etc.)

La prochaine étape a été celle de trouver un financement. La Loi ivoirienne exige la création d’une SARL au capital de 5 000 000 FCFA, avant toute création d’un périodique. Pour ce chapitre, Tomorrow Magazine a bénéficié de l’appui financier d’IYF. Cet apport a permis l’acquisition du matériel (ordinateurs, caméras, appareils photographiques, dictaphones, unité d’imprimerie GTO, etc.) et l’installation de l’entreprise d’édition. Il s’est ensuite agi de constituer l’Equipe de Rédaction. Pour respecter son principe fondamental (responsabiliser les jeunes dans la recherche des solutions à leurs problèmes), l’équipe du projet a décidé de confier la rédaction à une équipe jeune (18 à 35 ans), mais encadrée et suivie par des personnes de longue expérience dans le domaine de la communication et notamment de la presse. C’est au total onze (11) jeunes gens en fin de formation dans les filières de communication, d’informatique, de marketing, de lettres modernes, de droit, etc. qui ont été cooptés et formés pour constituer l’équipe de Tomorrow Magazine. Cette étape franchie, les premières parutions ont été lancées.

Braver les difficultés

 

La machine est en marche. C’est avec enthousiasme, fierté et espoir que la Jeune équipe de rédaction se met à la tâche. Des reportages sont réalisés ; des interviews sont menées, etc. Grâce aux partenariats signés avec de nombreux établissements universitaires, le magazine, dès sa parution, y est gratuitement distribué. De nombreux coups de fil affluent de partout pour encourager et féliciter l’équipe. L’avenir est promoteur. Nous étions en 2011.

Le modèle économique choisi pour la gestion du magazine, s’appuie sur les insertions publicitaires. De nombreux annonceurs montrent leur enthousiasme de communiquer dans ce média innovant, mais affichent toutefois leur désir de voir le magazine évoluer sur un certain temps avant d’y une quelconque campagne publicitaire. Il faut tenir bon, il faut continuer à travailler et c’est ce qui est fait.

Mais après huit parutions, de grandes difficultés financières commencent à se faire ressentir. Déjà que les salaires sont irréguliers, plusieurs membres de l’équipe de rédaction décident d’abandonner l’aventure. Un noyau de personnes demeurent et continuent l’aventure. Roméo KOUAME, actuellement Directeur de Publication et directeur artistique en parle, «Plusieurs de nos amis ont décidé de s’en aller à cause de la situation difficile qui prévalait. Mais, un petit noyau est resté ferme et à continuer à travailler sans l’espoir d’un salaire. Mais avec la volonté d’arriver un jour à bon port. Pour plusieurs, c’était le challenge de leur vie.» Leur persévérance inspire d’autres Jeunes qui décident de les rejoindre. Ces derniers prennent l’engagement de travailler sans salaire jusqu’à ce que la santé financière du média s’améliore.

Tomorrow Magazine décide d’aller à la rencontre de certaines institutions ayant à charge la charge de certaines questions touchant la Jeunesse, pour demander de l’aide. Mais toutes les sollicitations se heurtent à des indifférences difficilement explicables. Cependant, l’ardeur et la flamme de maintenir le magazine vivant n’en est pas pour autant éteint. Il faut absolument trouver une solution.

4YOUNGMAN COMMUNICATION, l’entreprise éditrice de Tomorrow Magazine est à la croisée des chemins. Victoire KOUAME, actuellement webmasteur à Tomorrow Magazine se souvient encore de cette réunion importante où il fallait tout décider, «A cette réunion, tout le comité de rédaction était présent et il fallait décider de la mise à mort ou de la survie de Tomorrow Magazine. Nous n’avions que deux possibilités : Mettre la clé sous le paillasson ou réfléchir à une alternative de survie.» Après de très riches échanges, la décision finale est prise : pas question de fermer Tomorrow Magazine. Pour Yannick DJANHOUN, l’actuel rédacteur en chef du magazine, la raison d’une telle décision est avant tout une question d’honneur et de principe, «Nous rejetions l’idée d’abandonner. Dans les colonnes du magazine, nous incitons à chaque coup de plume les Jeunes à ne jamais baisser les bras. Nous ne pouvions pas faire ce que nous exhortions les autres à ne pas faire. Sinon, nous serions menteurs et perdrions toute crédibilité… cette seule raison nous a poussé à trouver une solution et à continuer. Il fallait montrer l’exemple.»

Le comité de rédaction décide d’arrêter les parutions papiers et de créer un site internet. Sur www.tomorrowmag.net, on retrouve le même ton. Leadership et Entrepreneuriat de la Jeunesse sont exaltés. Mais l’impact n’est plus le même. L’équipe se vide encore une fois de quelques membres. La qualité du travail qui y est requis est exigeante et plusieurs ne peuvent concevoir qu’on ne puisse pas gagner son pain convenablement avec toute cette ardeur au travail. Dans la grisaille et comme si le sort se déchaînait contre la Jeune équipe. Désiré OUE, alors rédacteur en chef du magazine, est assassiné à son domicile par des braqueurs. La rédaction souffre d’un manque criard de ressources humaines. Le spectre de la fermeture refait surface, mais l’argument de ne pas décevoir et celui de ne pas être un mauvais exemple pour la Jeunesse demeure toujours plus fort. Ils ne sont finalement que sept à poursuivre l’aventure, avec deux fois plus de boulot et autant de fois d’effort à fournir. «En principe, la rédaction d’un magazine comme Tomorrow Magazine est tenue par une équipe composée d’une dizaine de personnes. Mais nous n’étions que sept. C’est incroyable ce qu’on peut réaliser lorsqu’on est passionné.» Déclare Yannick DJANHOUN.

Passionnée certes, mais il n’en demeure pas moins que l’équipe restante est très faible. Même si elle a beaucoup apprise sur le terrain, il lui faut se former à la pratique du journalisme. Ils décident de financer eux-mêmes leurs études, jusque-là stoppées à cause du manque de temps, qu’ils consacraient essentiellement au magazine. Quatre d’entre eux retournent sur les bancs et effectuent des cours du soir. Ils obtiennent des diplômes de communication. C’est une fierté pour eux et Amy TAPE, le sourire aux lèvres l’évoque avec enthousiasme, «La journée, nous étions au bureau et nous partions au cours après le boulot. On a fait cela pendant trois ans, de 2013 à 2016… L’effort a payé et nous avons tous obtenus des diplômes d’études supérieures en communication option journalisme.» Cette période de formation a aidé l’équipe à acquérir de nouvelles aptitudes professionnelles. L’assurance renouvelée, l’équipe décide de lancer, en 2016, la version digitale du magazine.

La résurrection digitale

Dès janvier 2016, Tomorrow Magazine réapparaît en mode digital. De nombreux Jeunes ont fortement appréciés le retour de leur média préféré. Une nouvelle charte graphique et de nouvelles rubriques apparaissent. Gratuitement téléchargeable sur www.tomorrowmag.net, Tomorrow Magazine l’est également sur bien d’autres sites internet nationaux et internationaux tels qu’Abidjan.net, Educarierre.ci, Monkiosk.com., event225.ci ou Tech228.com.

La raison de cette nouvelle résolution ne tombe pas du ciel. Elle a été inspirée de la digitalisation opérée par plusieurs médias occidentaux. Roméo KOUAME nous éclaire, «Le digital est une très belle alternative pour nous. Elle ne coûte presque rien en termes de coût, elle nous permet d’explorer une nouvelle possibilité et de toucher une cible plus large. Aujourd’hui, grâce à internet, Tomorrow Magazine est lu dans des pays comme le Cameroun, le Sénégal, le Togo ou le Mali. C’est vraiment extraordinaire.» avant d’ajouter «Nous recevons des appels et des messages de félicitations et d’encouragements de tous ces pays et même au-delà.»

De nombreuses personnes montrent pourtant leur pessimiste quant à la viabilité de cette nouvelle forme de publication, mais les résultats sont de nature à rassurer l’équipe. De 300 téléchargements en janvier 2016, le magazine enregistre plus de 5 000 téléchargements aujourd’hui. Et ce nombre est exponentiel. Tomorrow Magazine ambitionne, en fin d’année 2017, d’atteindre les 20 000 téléchargements mensuels. Pour Yannick DJANHOUN, ce n’est pas hors de portée, «Tomorrow Magazine est jusqu’à présent le seul périodique ivoirien évoluant dans le créneau de la formation de la Jeunesse au Leadership et à l’Entrepreneuriat… De plus en plus d’adeptes sont enregistrés chaque jour. Les chiffres sont rassurants et nous ambitionnons de faire un résultat de plus 20 000 téléchargements chaque mois. C’est possible et on le fera.»

Enrichir continuellement le contenu, associer de belles images et des couleurs attrayantes à la mise en page, publier une version anglaise, accroître le nombre de téléchargements du magazine, faire entrer des bénéfices financiers, inspirer et impacter deux fois plus la Jeunesse africaine, voici les nouveaux défis de Roméo et son équipe. L’espoir d’un lendemain meilleur est plus que jamais le leitmotiv de cette équipe, «Nous avons connu d’énormes difficultés, mais nous nous sommes toujours souvenus de notre slogan qui est : Demain sera meilleur…» Affirme Bama AMANGOUA, les yeux scintillants.

Tomorrow Magazine continuera son chemin jusqu’à devenir le média par excellence de la Jeunesse africaine. Le rêve est permis et surtout réalisable car… Demain sera meilleur.

Auteur de l'article

Yannick DJANHOUN

Yannick DJANHOUN est un Journaliste ivoirien de 30 ans. Actuellement Rédacteur en Chef de Tomorrow Magazine, c'est un passionné des questions touchant au leadership de la Jeunesse africaine et de l'éducation des enfants.

Commentez l'article

Abidjan.net
Educarrière
Intouch-CI
IYF
LITC
Lumen
Event225
Akody