Ibuka NDJOLI, écrire pour exister, lire pour apprendre Leadership

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Un célèbre personnage avait formulé cette affirmation au goût tout aussi humiliant que vrai, «La meilleure façon de cacher quelque chose à un noir est de le mettre dans un livre.» Quoi donc ? Le noir ne serait-il pas assez civilisé pour s’accommoder et bénéficier de toutes les richesses enfermées dans un livre ? On aura beau décrier  cette phrase, elle demeurera malheureusement toujours vraie. Combien d’africains, nous dirons mieux, combien de Jeunes africains ont-ils le souci de lire au moins un livre par mois ? Ibuka NDJOLI, aussi connu sous le nom de Marcus Da Writer, écrivain, entrepreneur et citoyen africain déplore le fait qu’une partie de la jeunesse africaine demeure dans l’ignorance, alors que sont parfois enfermées dans les livres les solutions à leurs problèmes. Il est important que les africains écrivent pour eux-mêmes et pour les autres. Lire est tout aussi important afin d’élargir ses horizons et apprendre des autres. Ailleurs, cela se fait déjà. Et très utilement d’ailleurs.  A la tête d’une start-up qui ambitionne de redynamiser l’édition et démocratiser la lecture, Marcus veut révolutionner l’industrie du livre africain et, grâce aux mots, changer le regard trop souvent négatif qu’on porte sur l’Afrique.

 

Nous prenons connaissance de l’existence de Marcus Da Writer et de son ambition d’inciter tous les africains de tout âge à se mettre à la lecture, par l’intermédiaire d’un Jeune réalisateur ivoirien, ami à celui-là.

Marcus Da Writer, Ibuka, est le fondateur de Kusoma Group, une start-up 100% africaine, basée en Afrique, qui ambitionne de redynamiser l’édition et démocratiser la lecture des livres africains grâce aux nouvelles technologies. Le mot « Kusoma » vient de l’ethnie Swahilie, peuple de l’Afrique centrale ; il signifie « lire ». Avec plus d’une dizaine de livres numériques et physiques édités aux Éditions Kusoma, la maison d’édition appartenant au groupe Kusoma Group, Marcus est bien décidé à faire rayonner dans le monde entier les plumes africaines. Forte de cette ambition, la start-up accompagne des éditeurs et auteurs indépendants d’œuvres africaines dans l’hébergement, la promotion et la distribution de leurs livres numériques, audio et papier, grâce à une plateforme web et une application mobile qui comprennent une librairie numérique et une bibliothèque en ligne.

Marcus vit principalement à Dakar, au Sénégal, mais il fallait impérativement que la rédaction de Tomorrow Magazine, basée à Abidjan, en Côte d’Ivoire, entre en contact avec lui. Internet facilite les choses. Elle réussit alors à avoir Marcus et les échanges sont des plus cordiales. Courtois et mesuré, notre écrivain est ravi de l’existence d’un média exclusivement dédié à la formation de la Jeunesse et se sent honoré de faire la une du magazine. Malgré son programme très chargé, parce que préparant la sortie de son prochain livre, il se met à la disposition de Tomorrow Magazine pour partager sa passion et sa vision d’une Afrique forte et d’une Jeunesse africaine consciente de son rôle.

Un enfant curieux et amoureux de la lecture

Marcus Da Writer a le sang marqué par quatre cultures, quatre pays. D’origine ivoiro-sénégalaise et sud-africano-congolaise, il aime à dire qu’il a en lui 25% de chacun de ces pays africains. Mais en réalité, Marcus n’aime pas parler de ses origines. Pour lui, il est africain et c’est tout, «Je n’aime pas parler de mes origines, parce que les gens cherchent toujours à faire de moi un porte-parole de la Jeunesse de ces différents pays, ce qui est très honorable, mais aussi difficile pour une personne qui se sent appartenir aux différents pays qui ont fait de lui ce qu’il est. Je préfère donc dire que je suis africain.» Ce qu’il faut comprendre, c’est que Marcus pense appartenir à toute l’Afrique et non à un pays. «Je crois que cela est l’un de mes plus gros avantages. Je suis de nulle part et de partout. J’aime le fait d’être entre plusieurs nationalités, plusieurs pays. Cela me permet de brandir très haut, et sans honte aucune, mon identité africaine qui, selon moi, a la précellence sur mon appartenance à quelque pays que ce soit.» Et d’ailleurs, cette manière de voir les choses épouse parfaitement cette vision d’une Afrique unie qu’il chérit dans son cœur.

Enfant, Marcus adorait faire le compte-rendu de faits qui se sont déroulés dans la journée à ses parents et aux autres personnes de son entourage. Il ne savait pas encore lire à cette époque. Son entourage aimait cela, même si on savait que le jeune garçon était un excellent fabulateur. Déjà à cet âge, il tire du plaisir du fait d’être écouté. «Je me souviens que je tirais énormément de plaisir de cet exercice. J’aimais être écouté, même lorsque je me savais mentir (rires NDLR).» 

À l’âge de 5 ans, ses parents l’inscrivent directement en classe de CP1. Il ne connaîtra donc pas la maternelle. Élève plutôt brillant, le Jeune Ibuka NDJOLI connaît pourtant des moments troubles. Son père, qui a maille à partir avec le pouvoir politique en place, s’enfuit de la Côte d’Ivoire avec toute sa famille pour protéger cette dernière. Cette fuite éloignera Marcus six années durant des bancs de l’école. Il était alors en classe de CE1, et passait au CE2. Durant cette période, il ne fréquente aucune école et n’étudie pas à la maison. Mais c’est aussi à ce moment-là qu’il découvre réellement la langue française. Si le tout premier livre qu’il lit s’intitule Le Petit Crocodile, c’est le roman intitulé David Copperfield, du célèbre écrivain anglais Charles DICKENS, qui l’éblouit et le convainc de s’adonner plus que jamais à la lecture. À la maison, Marcus s’investit totalement dans sa nouvelle passion, la lecture. Il dévore tous les livres qui passent sous ses yeux. Il tombe sur une seconde œuvre, Oliver Twist, du même auteur, qu’il prend une fois de plus plaisir à lire. Viendront par la suite Les Aventures de Tom Sawyer et celles de Huckleberry de Mark TWAIN, Sherlcok Holmes d’Arthur Conan DOYLE, Voyage Au Centre de la Terre et Vingt Mille Lieues Sous Les Mers de Jules VERNE, Double assassinat dans la Rue Morgue d’Edgar Alan POE, Harry Potter de J. K. Rowling, enfin L’Alchimiste de Paulo Coelho. Avant d’atteindre ses quatorze ans, Marcus lira toutes ses œuvres. Aujourd’hui, il éprouve beaucoup de reconnaissance à l’égard de ces différents auteurs et leurs livres : «Les livres ont été mes compagnons lorsque je n’allais pas à l’école. Grâce à eux, j’ai appris le monde. J’ai découvert des personnes, des lieux, des cultures auxquels je ne pouvais accéder autrement. Il n’y avait, à l’époque, pas encore Facebook.»

Désert littéraire en Afrique

 

Après ses quatorze ans, Marcus retrouve le plaisir de l’école. Son père l’inscrit en classe de 4ème du secondaire. De la classe de CE1, il tombe brutalement dans un collège. Les choses sont difficiles, mais Marcus s’adapte très vite. C’est d’ailleurs lors de ces années collèges qu’il découvrira la littérature africaine, «C’est seulement au collège que j’ai découvert des œuvres africaines telles que Sous L’Orage de Seydou BADIANL’Enfant Noir de Camara LAYEUne Vie de Boy de Ferdinand OYONOLe Soleil des Indépendances d’Ahmadou KOUROUMAUne Si Longue Lettre de Mariama BA, etc.»

Marcus progresse normalement et obtient son Baccalauréat scientifique. Il rêve d’architecture. Il a toujours été fasciné par cette science de laquelle résultent tous ces bâtiments, ces ponts et ces routes aux formes particulières. Il rate une occasion en or qui lui aurait permis de faire des études d’Architecture au Canada, et finit par s’envoler pour la Belgique. Marcus y fait, durant une année, des études en Droit et Criminalité. Après cela, ne se sentant pas à son aise, il regagne l’Afrique et cette fois-ci, c’est le Sénégal qui l’accueille. Ibuka NDJOLI obtient un Bachelor in Information and Technologies et s’inscrit à l’Université de Saint-Louis du Sénégal pour y faire du Droit et de la Science Politique. Il se rend vite compte qu’il n’est réellement passionné par aucune de ces filières, et se tourne vers la faculté des Métiers des Arts et de la Culture, avant de finir en Communication et Marketing. La vérité qui se cache derrière ce changement sans cesse de filières, Marcus nous la révèle, «Je ne suis pas un fan des études. Je suis plutôt  du genre autodidacte, bien que j’aie toujours réussi à l’école comme à l’université et aie toujours fait partie des meilleurs. Je crois, comme Steve Jobs, que l’Université est faite pour ceux qui ne savent pas encore ce qu’ils veulent faire dans leur vie et de leur vie. Je ne savais peut-être pas encore ce que je voulais faire de ma vie, étant à l’université, mais je savais ce que je ne voulais pas faire : suivre une voie par défaut.»

Les livres lui ont permis de découvrir de nombreuses choses et de s’autoformer. C’est dans un livre que Marcus apprend à coder et concevoir des sites internet. Cela renforce sa passion pour les livres, mais ceux venant de l’autre côté de l’océan ne le satisfont plus. Il révèlera ceci : «Ne lire que des œuvres étrangères, occidentales, ne me suffisait plus. Je voulais connaître également l’Afrique, lire ce que des africains avaient enfermé dans cet objet qu’est le livre.» En allant à la quête de livres africains, il fera le constat que ceux-ci sont pratiquement inexistants. «Je me suis retrouvé devant ce que j’appellerai un désert. Il y a très peu de livres produits par des africains. Très peu en tout cas en comparaison de ce que produisent les autres régions du monde.» C’est un choc pour le Jeune homme. Marcus sait ce que lui a apporté la lecture. Il est persuadé que la lecture peut être une solution à nombre de maux que connaît l’Afrique, et que ceux qui peuvent écrire se doivent de le faire. Il faut réagir, il faut faire quelque chose.

Ibuka découvre l’écriture en imaginant des suites aux œuvres qu’il lit et dont les fins ne lui plaisent pas. Il réécrit d’abord ces histoires, avant de commencer à en créer lui-même, «J’ai commencé à écrire en imaginant de nouvelles fins aux livres dont je n’avais pas aimé les épilogues. J’essayais du mieux que possible de copier le style des auteurs dont je modifiais les récits. De fil en aiguille, je me suis retrouvé à créer mes propres histoires, inspirées de mon vécu, de mes lectures, mais aussi et surtout de mon imagination.»  Il trouve ses écrits lamentables et ne les montre jamais à personne. Mais passionné d’écriture, le jeune homme ne s’arrête pas à ses déceptions d’auteur novice. Il le reconnaît : au début, sa plume était égoïste et désintéressée. Il n’écrivait que pour son seul plaisir : «L’écriture était devenue très vite pour moi un viatique dans une existence douloureuse. Je m’y réfugiais pour fuir le monde et pour faire taire les vacarmes autour de moi.» Devenu un jeune adulte, l’orientation de ses écrits et ses motivations changent.

Écrire pour libérer la Jeunesse africaine de ‘’ses prisons’’

 

En 2010, Marcus Da Writer effectue un voyage au Congo Brazzaville, en Afrique centrale, où il découvre un fait qu’il accepte difficilement : «À Brazzavillej’ai découvert une jeunesse qui m’a semblé sans rêves, sans ambitions, sans espoirs.»Cette situation l’inspire et le décide à écrire un roman pour dénoncer cette situation et encourager les jeunes à plus d’engagement, de prises d’initiatives, pour eux-mêmes et leurs communautés. «J’ai fait le projet d’écrire un roman sur ce que j’avais vu, mais ne trouvant pas de titre, j’ai abandonné le projet.»

Durant son séjour à Brazzaville, Ibuka fait la rencontre d’une jeune fille de 15 ans, mère de deux enfants, livrée à elle-même, et dont les parents, qui l’ont mise à la porte, ne veulent rien savoir. La situation de cette jeune fille l’attriste. Il a l’idée d’écrire une histoire pour sensibiliser les jeunes filles sur les risques des grossesses précoces et les mesures de prévention. Il trouve cette fois un titre qui lui plaît : «Papa malgré moi». Inexpérimenté, ne sachant pas comment éditer un livre et n’ayant personne autour de lui pour le conseiller, Marcus décide de publier son histoire sous forme de feuilleton littéraire sur son compte Facebook. Le résultat est impressionnant, «A ma grande surprise, l’histoire attire de nombreux lecteurs venus des quatre coins du monde. Certains commenceront même à me menacer lorsque l’épisode suivant ne viendra pas dans l’heure.» Ibuka NDJOLI est heureux. Enfin, des personnes le lisent, des personnes s’intéressent à ce qu’il fait. Il comprend qu’il ne doit plus jamais écrire pour lui-même, mais bien pour ses amis, ses frères et sœurs africains, présents sur tout le continent et en dehors, qui ont besoin, même sans en être parfois conscients, de sortir de ‘’leurs prisons’’.

Marcus Da Writer décide de se faire le porte-parole de la jeunesse africaine. Il devient plus attentif à ce qui se passe autour de lui. En 2011 survient le Printemps Arabe en Afrique. Cette situation politique intéresse au plus haut point le jeune homme. Celui-ci se met à déplorer la léthargie des jeunes de l’Afrique Noire, qu’il considère trop passifs et très peu intéressés par ce qui s’ourdit, les décisions prises pour eux, mais sans eux, sans qu’ils aient voix au chapitre. Habitué à écrire des articles sur la politique et d’autres sujets, il a une fois de plus l’idée d’écrire un article pour faire connaître son point de vue sur la question de la politique en Afrique et inviter les jeunes à une prise de conscience, qu’il appellera une Révolution Intelligente. La rédaction de cet article prend bientôt l’allure d’un livre. Les mots coulent d’eux-mêmes. Marcus décide finalement d’en faire un livre, un essai. Il baptise cette œuvre : La Jeunesse Africaine a une voixIl démarche sept maisons d’éditions françaises qui, à son grand étonnement, acceptent toutes d’éditer son livre. Il choisit l’éditeur qui répond au mieux à ses attentes et sort le livre en septembre de la même année. Ce sera le début de son aventure en tant qu’écrivain. «J’ai publié par la suite un roman intitulé ‘Sur Les Traces de M.J.’’, dont j’ai eu trop honte du résultat (mauvais travail de l’éditeur) pour en parler à mon entourage. J’ai décidé alors de m’en tenir aux nouvelles et essais, genres avec lesquels j’étais plus à l’aise.» neuf livres s’en suivront, dont quatre en version papier et cinq en version numérique. Le dernier en date est un roman. Il s’intitule « Une Place Là-Haut » et sort le 28 février 2017. Comme pour ses précédentes oeuvres, la cible première de ce roman est la jeunesse.

Fier de la Jeunesse africaine

Ibuka NDJOLI, alias Marcus Da Writer, ne croit pas être exceptionnel. À la question de savoir s’il se considérait comme unique parmi les entrepreneurs africains, voici sa réponse «Je ne crois pas, sans fausse modestie, avoir quelque particularité qui me distinguerait des autres entrepreneurs africains. Nous avons tous faim et soif de quelque chose.»

Ces entrepreneurs et autres leaders d’opinions africains, Marcus en est très fier. S’il avait une image pas très positive de la Jeunesse il y a quelques années, cela n’est aujourd’hui plus le cas. «J’ai rencontré cette jeunesse que je cherchais en 2010 dans différents pays d’Afrique, et depuis, j’ai foi en elle. Mon regard est désormais admiratif. Je la regarde et elle m’inspire. Elle me pousse à croire en un avenir rutilant pour l’Afrique et le monde, un avenir qu’elle bâtira et que je serai plus qu’honoré de bâtir avec elle.» L’autre Jeunesse, celle qui traîne encore le pas et ne suit pas le dynamisme, ne devrait pas, selon lui, étouffer la nouvelle vague de jeunes entreprenants. Ibuka NDJOLI déclare ceci, «Tout le monde peut voir cette jeunesse si tout le monde arrête de braquer son regard sur l’autre jeunesse, celle qu’on aime montrer pour étouffer celle dont je parle. Nous avons deux yeux, mais ils regardent tout deux dans une seule direction. À chacun de choisir la direction dans laquelle il ou elle braquera son regard. J’ai choisi, pour ma part, de regarder dans la direction de la jeunesse africaine qui fait la fierté du continent. J’invite ceux qui le désire à en faire autant. On en sort inspiré.»

Vive l’Afrique qui lit, qui écrit et qui gagne !

Auteur de l'article

Yannick DJANHOUN

Yannick DJANHOUN est un Journaliste ivoirien de 30 ans. Actuellement Rédacteur en Chef de Tomorrow Magazine, c'est un passionné des questions touchant au leadership de la Jeunesse africaine et de l'éducation des enfants.

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