Jim Yong Kim, Le Président de la Banque Mondial parle du Leadership Leadership

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Le Président de la Banque Mondial Jim Yong Kim a donné, lors d’une interview récente accordée au Journal américain Washington Post, sa définition de la notion de Leadership. Médecin et Anthropologue de profession, Monsieur Kim a accumulé les Postes de Président d’Université et de Chef de Département VIH/SIDA de l’OMS. Tomorrow Magazine vous offre l’intégralité de cet échange.

 

Washington Post : Quel a été votre premier emploi ?

Jim Yong Kim : J'étais un serveur au restaurant Octagon House à Muscatine, Iowa.

Washington Post : Comment définissez-vous personnellement le leadership ?

Jim Yong Kim : L’une des choses les plus importantes à savoir sur le leadership, c’est qu’il est important de cultiver l'humilité et d’accepter d'être coaché par quelqu’un d’autre. Le chirurgien et écrivain Atul Gawande qui est l’un de mes meilleurs amis, a écrit un article merveilleux dans le Magazine ‘’New Yorker’’ sur le coaching. Il me disait essentiellement ceci : « Si Tiger Woods, le meilleur golfeur du monde a un entraîneur, pourquoi n'aurais-je pas moi aussi, en tant que médecin expérimenté, besoin d’un Conseiller ? » Ses performances de chirurgien étaient à la baisse, alors il a demandé à avoir un chirurgien en chef dans la salle d’opération pour le superviser, et depuis lors il obtient de bons résultats. Depuis ce moment, j'ai entamé mon propre processus de coaching.Marshall Goldsmith m’a gratuitement conseillé pendant cinq ans environ.Il a également conseillé Alan Mulally de Ford Motor Company et Mike Duke de Walmart.Il est l'un des plus grands conseillé, et Marshall a eu un impact énorme sur la façon dont je travaille en tant que Leader. Tout ce que qu’on peut entendre de la bouche d’un Leader, doit emmener à l’humilité.Peu importe l’estime du Leader que vous avez de vous même, les gens autour de vous veulent toujours que vous vous améliorez et que vous deveniez plus performent. Donc pour moi, la chose la plus fondamentale relative au leadership, c'est d'avoir l'humilité d’accepter ses défauts et de continuer à travailler davantage, parce que votre travail consiste, en tant que Leader, a aider les autres à améliorer leurs vies.

Washington Post : Quelles sont les changements qui se sont opérés en vous pendant les années de votre formation en Leadership ?

Jim Yong Kim : L'une des choses sur lesquelles je devais absolument travailler était l'expression de mon visage. Vous savez, lorsque vous êtes leader d'une organisation, les gens aiment regarder l’expression de votre visage. Votre humeur a beaucoup à voir avec la façon dont les gens jugent le travail de votre organisation. J'ai toujours eu à cœur de maitriser cet aspect. Mais j’ai reçu une grande leçon, lorsque j'étais à Detroit. Après un cours de six heures, Mon ami Mark Tercek, de l’école de Conservation de la Nature et moi, sommes allé écouter les conseils avisés d'Alan Mulally. Ses derniers mots à la fin de la conversation ont été : « Mark, Jim, vous avez tous les deux des sourires très agréables. Je veux que vous les utilisiez encore plus. » Vous savez, on a vraiment besoin d'exprimer notre joie de travailler. Nous devons exprimer notre optimisme à propos de ce qui est à venir. Et nous avons besoin d'exprimer notre satisfaction et la chaleur que nous avons pour les gens qui sont tous les jours entrain de faire leur travail. C'est quelque chose sur laquelle je travaille encore.

Washington Post : Depuis votre arrivée à la Banque Mondiale, quel a été l’un des jours les plus difficiles de travail ?

Jim Yong Kim : Lors de ma première journée de travail à la Banque Mondiale, mes meilleurs adjoints m’ont fait entrer dans une pièce et m’ont dit : « Jim, vous devez prendre une décision importante. Nous avons un projet de 26 milliards de dollars qui sera affecté à la rénovation d’un pont qui se trouve dans un état très critique au Bangladesh. Nous avons la preuve qu'il y a des traces de corruption dans le projet. Ce pont pourrait être vraiment salutaire pour des millions de personnes au Bangladesh, mais vous avez à prendre une décision. Voulez-vous annuler ce projet, ou le continuer ? »

Bien sûr, nous avons décidé de l’annuler, parce que nous ne pouvions tolérer aucune corruption.Il arrive presque tous les jours, ce genre de cas, où nous devons prendre des décisions aussi difficiles. Ces décisions, nous en sommes conscients, ont de l’impact sur la vie de millions de personnes pauvres. Chaque jour, nous devons penser, quels sont nos principes fondamentaux ? Comment équilibrer les choses lorsque nous voulons, pour la protection des pauvres, faire appliquer des principes contre la corruption et ceux pour la bonne gouvernance ?

Washington Post : Parlons de la culture de la Banque mondiale. C’est une Institution plein d'économistes qui ont probablement des personnalités tout aussi différentes les unes des autres. Comment est-ce que vous vous êtes adapté à cette nouvelle culture et comment faite vous pour y apporter quelque chose de nouveau ?

Jim Yong Kim : Lorsque je m’apprêtais à assumer cette fonction de Président de la Banque Mondiale, j'ai reçu un appel du président Clinton.Il voulait que je sache que la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, avait passé une bonne partie de ces premiers mois au Département d'Etat à ne marcher que dans les couloirs en vue de parler aux gens et à apprendre à les connaître. L’une des leçons du Leadership qu’il convient encore de souligner, c'est de savoir que vous devez apprendre à connaître d'autres grands dirigeants et à recueillir leur avis. À un certain moment de votre parcours, il n’y a que les personnes qui ont de l’expérience qui peuvent profondément vous aider à croître. J'ai donc passé les six premiers mois de ma présidence à suivre ce principe. J'avais entendu beaucoup de choses sur la Banque Mondial qui relèvent de la mythologie, on me disait que c'est un endroit dominé par les théoriciens macro économistes, et géré par les économistes, et que vous devez absolument faire la paix avec ceux-ci. Ce que j'y ai trouvé était tout autre chose. Les gens qui y étaient, à des postes de hautes responsabilités, étaient ceux qui militaient le plus pour la construction des routes et des infrastructures de santé. Ce brillant groupe de personnes aurait pu travailler ailleurs, et probablement gagner beaucoup plus d'argent dans le secteur privé, mais ils m’ont tous dit qu'ils étaient à la Banque Mondiale parce que ce sont des passionnés de la lutte contre la pauvreté. De cette réflexion, j’ai compris une chose. Nous cultivons en nous quelque chose de beaucoup plus profond que ce qu’on apprend dans nos milieux éducatifs. Je suis médecin et anthropologue, mais je partage avec mon personnel cette passion de voir la pauvreté éradiquée. Par conséquent, j’en suis arrivé à apprécier profondément le fait que nous avons au sein de notre Organisation un millier d'économistes, car sur une question donnée, je peux aller vers ma propre équipe et demandé par exemple : « Parlez-moi de l'eau et de l'assainissement en Inde. » Ils seront non seulement capables de me répondre sur la chimie du problème, mais ils pourront aussi et surtout m’en parler dans le cadre du budget global de l'Inde. J’apprécie profondément, vraiment profondément toute cette capacité d'analyse de nos économistes.

Washington Post : Depuis que vous êtes à la tête de la Banque Mondiale, nous constatons que vous essayez d'apporter de grands changements au niveau de l’organisation. A ce niveau, il y a forcément des défis. Quels sont-ils ?

Jim Yong Kim : Dans les premiers mois de ma présidence, j’ai posé deux questions au personnel. Etes-vous fiers d'être employés au sein du Groupe de la Banque Mondiale ? Et qu'est-ce qui vous empêche d'être à votre meilleur niveau chaque jour ? La réponse qui m’est revenue le plus souvent était que : « La culture de l'institution est brisée. » Donc, nous nous sommes retrouvés à examiner toute l'organisation. Et nous avons trouvé qu’il y avait une aversion énorme du risque. Il y avait le sentiment que si vous essayez quelque chose de risqué, vous pourriez avoir des ennuis et ainsi perdre votre emploi. Il y avait un manque de confiance dans l'organisation. Il y avait également des problèmes avec le sens de la méritocratie. Les meilleurs employés, ceux qui étaient considérés comme les meilleurs gestionnaires et les meilleurs dirigeants ne recevaient pas de promotion. Une autre partie du personnel estimaient que la communication au sein de l'organisation n’existait tout simplement pas.La SFI (La Société financière internationale), notre bras du secteur privé, le IDA (L’Association Internationale du Développement) notre bras du secteur public et la BIRD (La Banque internationale pour la reconstruction et le développement), qui fournit des prêts et des subventions au secteur public, ne communiquaient tout simplement pas.Même les régions : une région peut avoir fait un travail fantastique dans un domaine particulier, mais ces innovations et les idées y développées ne se propagent pas vers d'autres régions. Il y avait donc beaucoup de choses que nous devions faire. Beaucoup de gens m'ont dit. « Jim, vous ne pouvez pas faire cela. Ces types de bureaucraties sont des énormes supertankers et vous ne pouvez jamais vraiment les changer. » J’ai fondamentalement rejeté cette idée. J'ai compris que si nous ne faisons pas de changements sérieux, la culture de l’organisation ne changerait jamais. J'ai parlé à des gens comme Sam Palmisano d'IBM et Alan Mulally, deux personnes qui ont fait des changements organisationnels énormes et qui les ont réussis. Une partie de ce qu'ils ont fait était de s'assurer que les gens s'entraident et se parlent. Ainsi, pour la première fois à la Banque mondiale, nous avons eu une série de réunions où nous avons effectivement passé en revue l'ensemble de nos activités. Réunions au cours desquelles nous parlons du budget, de la recherche de l'exploitation et nous faisons tous ensemble des recherches sur une base très régulière, au moins toutes les deux semaines et je préside ces réunions. Nous allons passer d'une bureaucratie fondée sur des règles à une organisation stratégique intégrée. C'est difficile.Cela n’a jamais été essayé auparavant dans le Groupe de la Banque mondiale. Le personnel m'a fait savoir lors de ces réunions, et lors de mes rencontres avec eux, qu'en ce moment, nos comportements n’étaient pas adaptés à l'objectif de l’organisation. Notre objectif c’est de mettre fin à l'extrême pauvreté dans le monde. Si nous y sommes réellement pour relever ce défi, alors nous devons d’abord nous changer nous-même, et c'est ce que nous nous attelons de faire maintenant.

Washington Post : Craignez-vous de ne pas à avoir le temps qu’il faut pour réaliser cette vision que vous avez ?

Jim Yong Kim : Je crois seulement que si vous savez que vous avez à changer quelque chose, il n'y a aucune raison d'attendre. Nous allons donc aller de l'avant. Nous avons annoncé certains changements cette semaine, notamment notre modèle financier. J'ai une énergie débordante pour y arriver et j'ai tellement foi au personnel. Si vous veniez 21 mois plutôt et que vous demandiez à quelqu'un ici que d’énormes changements s’opèreraient, je pense que la plupart des gens douteraient. Mais nous sommes déjà bien avancés dans des prises de décisions pour réaliser des changements majeurs. Des années en arrière, cela aurait été considéré comme un tremblement de terre.

Washington Post : Ce ne sont pas tous les dirigeants qui, ayant une vision à long terme, ont la force de faire face au désordre et au chaos qui se présentent à eux à court terme. Ils doivent avoir une peau assez épaisse pour faire face aux oppositions qui sont souvent inévitables.

Jim Yong Kim : Je pense qu’au fil du temps on développe une peau épaisse, mais notre peau épaisse doit être toujours épaisse et en plaque. En d'autres termes, si vous avez entendu la même chose encore et encore, et que vous savez que ces plaintes ne sont vraiment pas très perspicaces ou utiles, alors vous devez développer une peau épaisse pour cela. Mais le reste de votre peau doit être ouvert aux critiques et aux plaintes qui sont réelles. Vous devez être prêt à accueillir une personne bien motivée qui vient à vous avec des arguments réfléchis.

Washington Post : Vous aviez beaucoup parlé de la naissance d’un mouvement pour l’éradication de l'extrême pauvreté, et dont la Banque mondiale devrait être le leader. Alors comment comptez-vous convaincre les employés de votre organisation à y adhérer ?

Jim Yong Kim : C'est assez ironique pour moi d’entamer à la Banque Mondiale un mouvement social, pour mettre fin à la pauvreté, du moins en partie, car je militais au sein du mouvement « 50 ans, c'est assez. » C'était il y a vingt ans, et dans ce mouvement, nous militions pour que la Banque Mondiale et le FMI soient fermés, car nous estimions que malgré leur 50ème anniversaire, ces institutions faisaient plus de mal que de bien aux populations. Depuis lors, la Banque Mondiale a été fondamentalement remodelée. Il y a vingt ans, nos plaintes étaient relatives au fait que le Groupe de la Banque Mondiale n’axait uniquement sa politique que sur la croissance du PIB (Produit Intérieur Brut) et non sur l'investissement santé, éducatif et sur la protection sociale des populations. Aujourd’hui, nous sommes aux affaires et constatons que la Banque Mondiale travaille dans le sens de nos revendications d'autrefois. Les critiques qui venaient de gens comme moi, qui pensions que l'investissement dans les êtres humains était la meilleure des choses à faire, sommes désormais confortés par les preuves évidentes de cette réflexion et cela grâce aux preuves produites par les économistes. Par exemple, Larry Summers a dirigé une étude il y a quelques mois, qui a démontré que de la période de 2000 à 2011, 24% de la croissance économique dans les pays pauvres à revenu intermédiaire, étaient le résultat d'une population en bonne santé. Je ne m'attends donc pas qu'un très grand nombre de nos économistes soient dans les rues à militer dans ce genre de mouvement social, mais ce qui est intéressant c’est que le travail qu'ils font en ce moment nous aide à atteindre nos objectifs.

Washington Post : Dans cette époque de tumulte organisationnel majeur, où les gens sont naturellement distraits par la fébrilité de leur emploi, comment vous assurez-vous de la réalisation certaine de vos projets ?

Jim Yong Kim : Il y a beaucoup d'incertitudes, et il n'y a tout simplement aucun moyen d'éviter cette situation. Mais je pense que nous serons en mesure de maintenir le volume et la qualité de nos activités, pour qu’au fil du temps nous allions de mieux en mieux. Nous essayons actuellement de diminuer le volume du temps qu'il nous faut pour passer de la conception à la réalisation d'un projet. Certaines personnes nous ont dit ceci : « Il vous faut peut-être du temps pour la réalisation de vos projets, car vous en avez besoin pour réaliser des projets de qualité. » Nous avons fait une étude, et il s'avère que plus nous allons vite, plus la qualité baisse. Nous avons compris les résultats de cette étude. Les longs retards sont dus au barattage et à l'incertitude.Si nous pouvons donc exécuter plus rapidement nos projets, nous pensons que la qualité qu’il faut va effectivement s’améliorer. Ce sont des choses difficiles à faire, surtout quand vous entrez en scène avec le costume de Président de la Banque mondiale. Mais j'ai été bien préparé pour cette mission durant toute ma vie. Travaillant dans le domaine dans des pays comme Haïti, Pérou, l'ancienne Union soviétique, la Sibérie et l'Afrique, je me suis posé la question suivante : Comment faire pour attirer l’attention de plusieurs personnes sur les questions liées à la situation des pauvres ? Aujourd’hui, j'ai cette opportunité. Si vous dirigez un personnel aussi exceptionnel que celui de la Banque Mondiale, de sorte à le faire travailler ensemble et de manière active, si vous l'emmenez à développer une culture où les uns et les autres apportent vraiment les meilleurs innovations partout dans le monde, alors je pense que nous serons en mesure de mettre fin à la pauvreté. Et nous serons en mesure de construire une organisation unique au monde.

Washington Post : Quel est le meilleur des conseils que vous avez pu obtenir ?

Jim Yong Kim : Le meilleur conseil que je n’ai jamais reçu d'un chef était de Jeff Immelt, l'actuel PDG de General Electric. Jeff m'a dit que lorsqu’il il a pris le poste de chef de General Electric, les gens lui disaient : « Jeff, vous êtes issu du domaine de la santé. Vous ne savez absolument rien des éoliennes et des appareils, comment comptez vous faire un bon travail ici ? » Et il a dit : « Le plus important ce n'est pas la connaissance que vous avez, c'est la rapidité avec laquelle vous apprenez. »

J'essaie donc autant que possible d'apprendre ce métier aussi rapidement que je le peux.

 

Source : Washington Post

Traduit de l'anglais au français par Yannick DJANHOUN

Auteur de l'article

Yannick DJANHOUN

Yannick DJANHOUN est un Journaliste ivoirien de 30 ans. Actuellement Rédacteur en Chef de Tomorrow Magazine, c'est un passionné des questions touchant au leadership de la Jeunesse africaine et de l'éducation des enfants.

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N'GORAN Franck- Hermann 25/07/2017

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