Reportage : Jeune, pourquoi tu devrais aller voter ? Société

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Les périodes électorales en Afrique sont craintes au plus haut point par les populations. Rares sont celles qui ont un aboutissement démocratique. Elles finissent presque toutes de la même manière. Contestation, appel à réclamer le pouvoir par ‘’tous les moyens’’, crise armée, massacre de la population et réconciliation nationale. Après les violences post électorales, les nouveaux maîtres du pouvoir oublient totalement leurs promesses. De nombreux jeunes, déçus de la ‘’politique politicienne’’, jurent de ne plus jamais mettre les pieds dans un bureau de vote. Pourtant, voter, loin des considérations personnelles et politiques, révèle le bon citoyen. Jeune, pourquoi tu devrais aller voter ? Reportage sur l’avis partagé de la Jeunesse ivoirienne.

 

Bientôt, ce sont les élections présidentielles en Côte d’Ivoire. On entend depuis quelques jours, aux abords des kiosques à journaux, dans les rues et dans nos quartiers, des appels insistants et pernicieux au boycott électoral. La nature de ces appels dépend des intentions de ceux qui en sont porteurs. Certains partis politiques de l’opposition le prône parce qu’ils considèrent que les conditions ne sont pas réunies pour des élections libres et démocratiques. Soit ! D’autres, moins politisés, déçus des promesses non tenues, considèrent que de toutes les façons, aucun homme politique ne viendra changer leurs conditions de vie, pourquoi donc leur accorder une voix ?

Les avis divergent. Nous avons rencontré dans la rue et dans les différents quartiers d’Abidjan un petit échantillon de la population composé essentiellement de jeunes, le but étant d’avoir leur avis sur la notion et l’importance du vote.

De nombreux jeunes sont indifférents lors des élections

 

Pourquoi les jeunes refusent de voter…

Première escale, Abobo. Cette commune de la capitale économique est le bastion du pouvoir actuel. Plusieurs jeunes ‘’abobolais’’ ont tout donné, durant la dernière crise politico-militaire, pour ‘’installer’’ au pouvoir l’actuel chef d’État. Aujourd’hui, même s’ils apprécient encore leur ‘’champion’’ et se reconnaissent toujours en lui, plusieurs ont décidé de ne plus franchir le seuil d’un bureau de vote.

Arthur DJEDJERO, étudiant en seconde année de médecine à l’Université Nangui Abrogoua a activement participé aux précédentes élections. Aujourd’hui, l’ardeur de ce dernier a été refroidie. Par quoi ? Il s’exprime en ces termes, « J’ai participé en tant qu’électeur à toutes les élections de mon pays depuis que j’en ai la capacité juridique. J’ai toujours voulu être un citoyen modèle. Aujourd’hui, vous pouvez me croire chers messieurs, je serai le dernier à inciter quelqu’un à aller voter. » Pourquoi ? « Je suis profondément déçu par toute cette injustice qui caractérise la société ivoirienne. On assiste à ce fameux principe où les riches s’enrichissent davantage et les pauvres croulent plus que jamais sous le poids de leur misère. » Plusieurs autres avis viendront corroborer celui d’Arthur. Mohammed TRAORE est aussi étudiant. Il se dit victime d’une ‘’arnaque à grande échelle’’. « Aucun homme politique ne viendra changer nos conditions de vie, pourquoi donc leur accorder une voix ? Tous ne pensent qu’à eux et à leurs proches. Je ne peux me permettre d’accorder un quitus à l’injustice. Mieux vaut constater toute cette injustice avec la conscience pure que de me sentir coupable d’y avoir contribué. Je suis désolé, mais les élections ce n’est pas mon truc. »  

Cette fois-ci, nous sommes à Marcory, une autre commune d’Abidjan. Nous y avons rendez-vous avec Georges AMESSAN. Georges, 36 ans, est commercial dans une entreprise privée de commerce en ligne. Il n’y va pas de mainmorte pour déclarer son désamour des scrutins électoraux, « J’ai voté en 2000 et je me suis rendu compte quelques années plus tard que je venais de contribuer à la clochardisation de la jeunesse ivoirienne. En 2010, j’ai hésité avant de me faire inscrire sur la liste électorale, mais j’ai été vite rattrapé par l’espoir d’un lendemain meilleur (Je n’y pouvais rien avec toutes ces jolies promesses). Là encore, je venais de me faire avoir. J’ai été acteur de la déchéance de toute cette jeunesse. Je ne me ferai plus avoir, jamais plus je ne participerai à cette vente d’illusion, jamais. »

Après son intervention, Georges garde le silence, il est visiblement sous l’effet de la colère. Il nous indique, la présence de son ami, assis à côté de lui, qui a peut-être un avis contraire au sien. Cet ami, c’est Boris TIENDREDRAOGO. Ressortissant burkinabé, celui-ci est comptable de profession. Sans hésiter, Boris nous donne son point de vue sur la question. Il prend la parole et pose la question suivante : « Que vaudrait ma voix dans une élection dont on sait à l’avance les gagnants ? Les élections en Afrique, c’est de la truanderie. » Sic !

Prochaine escale, Yopougon. Fief déclaré de l’ex-président de la République. Pour des raisons politiques, on ne s’étonnerait pas du mépris des élections pour la majorité des populations de cette commune populaire. Mais Alexis DJOUBA n’est pas de cet avis, « C’est vrai que Yopougon ‘’appartient’’ à l’ancien président et que je suis admirateur de sa personnalité, mais cela n’a aucune influence sur mon principe de ne jamais participer à un vote. » Alexis approfondit sa pensée, « Je ne crois pas en la politique. Je n’y ai jamais cru en fait. Pour ma part, les Jeunes ivoiriens et africains n’auront leur salut que par le fruit de leur propre labeur. Que nous votions ou pas, les politiciens ne penseront jamais à nous. Gbagbo, Alassane ou autres, je ne voterai pour personne. Je préfère vaquer tranquillement à mes occupations. » 

Voter, est un acte démocratique qui favorise la croissance

 

Des avis en faveur du vote…

Il n’y a pas que des opposants à l’idée de vote. Cet acte citoyen rencontre l’acquiescement de certaines autres personnes. Madame Maïmouna BA est comptable au CNRA, voilà ce qu’elle pense à ce sujet « Voter, c’est participer au choix de celui qui va conduire la destinée de notre pays. C’est donc un acte très important. Nous devons voter pour que les autres ne choisissent pas à notre place et pour que celui qu’on ne veut pas ne pas soit choisi. » Elle renchérit en affirmant que « Quelle que soit notre déception, nous devons aller aux urnes pour éviter que n’importe qui soit le dirigeant de notre pays. C’est la destinée du pays qui est en jeu ! »

Rencontré lors d’une répétition Tata BAMA, artiste comédienne, soutient tout simplement que voter relève d’un acte citoyen et patriotique « Voter est un acte patriotique, c’est un devoir de citoyen. Tout ivoirien qui a 18 ans et plus doit voter. On doit voter pour faire élire le candidat en qui on sent la capacité de développer le pays. » À l’endroit de ceux qui ne veulent pas voter, elle dira : « Qu’ils restent à la maison le 25 octobre, on ira voter à leur place et on leur imposera des candidats qu’ils ne veulent forcément pas. »

Nous rencontrons ensuite Simon Paul N’GUESSAN au bas de l’immeuble Postel 2001, dans la commune du Plateau. Étudiant en année de BTS dans une filière Informatique, Simon définit le vote comme « Le fait d’exprimer son choix dans le but de contribuer à l’avancement de son pays. » Pour lui, « On doit voter pour aspirer à un lendemain meilleur. Ne pas voter, c’est ne pas prendre ses responsabilités. Le fait d’affirmer qu’on ne vote pas, c’est opérer un choix, mais un choix que je qualifie d’irresponsable. Notre pays a besoin de citoyens responsables, c’est pourquoi il est mieux de poser le pas en donnant votant. On aura donné sa voix à un candidat, mais ce sera une voix pour la Côte d’Ivoire. »

Selon monsieur Germain Bozon TA, chef d’Entreprise, « Chacun aspire à un avenir meilleur, c’est pourquoi chacun doit voter. Celui qui ne vote pas, n’aspire pas à un avenir meilleur et préfère être statique. » Il conseille à tout le monde de voter, de s’exprimer, de donner sa vision. Car selon lui, c’est dans les urnes que chacun exprime ce qu’il ressent, c’est là que chacun a le pouvoir de dire ce qu’il veut pour son lendemain, « C’est la seule occasion qu’on a pour décider nous-même ! »

Pour terminer, nous avons rencontré un homme de Dieu, le Pasteur Martial GAKPA. Pour celui-ci, « Voter, c’est d’abord prendre conscience que le pays doit évoluer et se développer. La personne que nous votons, est celle qu’on croit à mesure d’accomplir des choses qui vont améliorer nos conditions de vie. » L’homme de Dieu soutient pour renchérir que « Voter ou organiser des élections, est donc profitable pour le pays en ce sens que cela amène les candidats à réfléchir et à élaborer des programmes de gouvernement en vue de l’amélioration des conditions de vie des populations sur les plans économique, social et politique. C’est également profitable pour l’individu parce qu’il bénéficie des retombées que ces réflexions produisent d’une manière ou d’une autre dans le pays. » Au sujet des personnes qui ne trouvent pas d’intérêt à exprimer leur suffrage, le Pasteur GAKPA a répondu que le problème ce n’est pas ces populations réfractaires à ce devoir civique, mais plutôt à un problème de sensibilisation. « Lorsqu’on ne comprend pas l’enjeu d’une chose, on n’y trouve pas son intérêt. Un Ivoirien qui a eu à manger le matin et qui ne voit pas l’avenir, pense que c’est suffisant pour lui, alors que voter c’est penser à l’avenir du pays. Donc si je vais voter, cela veut dire que j’ai déjà réfléchi à tout ce qui pourrait changer aux niveaux social et économique. » Il a terminé ses propos en appelant les autorités à sensibiliser les populations urbaines et rurales, afin que chaque citoyen sache exactement l’importance des élections.

Il est utile de savoir pourquoi nous devons aller voter

 

Pourquoi voter est si important ?

La rédaction de Tomorrow Magazine s’est aussi penchée sur cette question. De ses réflexions, quatre raisons essentielles ont été trouvées pour déterminer la participation massive de la jeunesse aux scrutins électoraux.

Premièrement, nous devons aller aux urnes tout simplement parce qu’il s’agit d’un devoir civique. En Côte d’Ivoire tout comme dans d’autres pays tels que la Belgique, la Suisse ou la Grèce, le vote est un devoir et non pas, juridiquement, une obligation. On ne vous menottera pas et on ne vous pointera pas le canon d’un revolver sur la tempe, mais si tel est que vous souhaitez voir votre pays sortir de la pauvreté et de la précarité, vous devez contribuer à la construction de sa démocratie. Condition sine qua non d’un développement économique et social pérenne.

Deuxièmement, le droit de vote, souvenez-vous, a été acquis de haute lutte par nos parents. Le droit de s’exprimer sur l’avenir de la Nation n’appartenait qu’à une certaine catégorie de personnes. Le droit de vote pour tous, est un droit qui s’use lorsqu’on ne s’en sert pas. Ne pas voter, c’est ne pas jouer le jeu de la démocratie. Ne pas jouer le jeu de la démocratie, c’est militer pour une Nation faible et sans perspective.

Troisièmement, refuser de voter ne changera certainement pas ce que nous dénonçons à gorge déployée jour et nuit. Refuser de voter est donc stérile, car de toutes les façons, le choix du futur dirigeant se fera.

Enfin quatrièmement, notre abstention profitera bien à d’autres électeurs plus radicaux. Car, ceux-ci iront voter quoiqu’il arrive pour faire prospérer leur dessein et leur vision souvent extrémiste. Généralement, même si cela n’a jamais été clairement démontré, ces extrémistes semblent être ceux dont les aspirations sont prises en compte. Les jeunes et les personnes en situation de précarité sont plus souvent abstentionnistes, leurs revendications et aspirations sont donc boutées en touche et négligées par les dirigeants.

Allons donc tous ce 25 octobre 2015 pour élire notre Président de la République !

Auteur de l'article

Yannick DJANHOUN

Yannick DJANHOUN est un Journaliste ivoirien de 30 ans. Actuellement Rédacteur en Chef de Tomorrow Magazine, c'est un passionné des questions touchant au leadership de la Jeunesse africaine et de l'éducation des enfants.

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