YALI : Yousra et Bouchra N’DIAYE, de dynamiques Jumelles Leadership

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Pour ce mois, Tomorrow Magazine a fait d’une pierre deux coups seulement pour votre plaisir. Non, vous ne voyez pas double. Ne vous inquiétez pas. Vous allez au travers de ces lignes découvrir des sœurs jumelles, déterminées aux parcours exceptionnels et qui, toutes les deux, ont été bénéficiaires du programme YALI Mandela Washington Fellowship. Membres du bureau de direction de l’ONG ‘’Femmes Osant la Réussite et le Combat pour l’Equité’’ (FORCE), elles se sont donné pour mission d’améliorer les conditions de vie des femmes du Tchad. Nous avons échangé avec les deux sœurs. Découvrons.  

 

La première des jumelles que nous découvrons s’appelle Bouchra Abderahim N’DIAYE. Elle est cadre dans la banque commerciale du Chari au Tchad, et a participé au YALI Mandela Washington Fellowship 2016. Elle a étudié à l’Arizona State University dans la ville de Phoenix et a été retenue dans le track du leadership civique. Elle en parle.

«Le YALI est un programme de renforcement des capacités destiné à accompagner les jeunes leaders africains pour qu’ils soient des initiateurs vecteurs de changement positif dans leur environnement immédiat ou plus élargi. Mes attentes vis-à-vis du YALI étaient donc énormes. Je voulais être renforcée en termes de leadership, notamment la capacité à formaliser et à rendre plus compréhensibles, voir opérationnels des rêves que nous pouvons caresser pour notre communauté restreinte et pour notre pays le Tchad. Je rêve d’un Tchad uni, sorti des profondeurs de la pauvreté, qui brille au niveau international. Je mène certains combats en faveur de l’amélioration des conditions de vie des femmes, de la paix et de la tolérance. Je voulais pour cela apprendre comment rendre mes rêves plus concrets. Le programme YALI m’y a aidé. Je désirais également rencontrer d’autres jeunes issues de pays africains qui ne parlent pas forcément la même langue que moi, je fais référence entre autres à l’anglais, au portugais, à l’espagnol et au malaga du Madagascar. Je voulais m’inspirer des success stories de jeunes africains et également me créer un réseau qui pourrait participer à la mise en place d’actions continentales.

Le YALI, tant sur le plan personnel que professionnel, m’a rendue plus résiliente. J’ai appris que lorsqu’on a un rêve et quand on est en train de combattre pour améliorer des choses qui relèvent du changement de mentalité, il faut avoir le souffle long, il ne faut pas être pressé. Il faut savoir apprécier les toutes petites batailles que nous pouvons gagner, car ce sont elles qui nous permettront de gagner la guerre. Le simple fait même d’avoir pensé différemment, d’avoir emprunté un chemin inhabituel peut inspirer et inspirer c’est déjà avancer. J’ai découvert la culture américaine. J’ai découvert un pays où la liberté est poussée à son extrême et où les lois sont sacrées. Je me suis enrichie de beaucoup de valeurs, grâce à toutes ces rencontres que j’ai pu faire avec les autres YALI venus d’autres pays, que je n’aurais peut-être jamais eu l’occasion de visiter même s’ils sont en Afrique. Le YALI m’a globalement apportée un réseau et une ouverture.

J’ai eu un moment de grande plénitude lors de notre visite au grand canyon, ce paysage rocheux typique de l’Arizona qui a émergé au retrait du fleuve Colorado. Quand je me suis retrouvée face à ce grand vide qui il y a à peine deux siècles était un fleuve, j’ai ressenti une sensation de paix inexplicable. Cela a été le plus beau souvenir de mon expérience YALI. Si je devais résumer mon expérience en un mot ce serait FORCE. J’ai été renforcée à tous les niveaux et cela a été l’une des plus belles expériences de ma vie.

Nous venons de publier ma sœur jumelle et moi, un livre coécrit qui s’intitule le Tchad de nos rêves, la saveur de l’espoir. Nous avons toujours eu cette passion pour l’écriture, mais le fait d’avoir eu le culot et le courage de faire sortir un livre a été en quelque sorte l’impact du YALI. On y a appris à avoir de l’audace. Au YALI, on nous a appris qu’il ne fallait pas avoir peur de nos bonnes idées. Le YALI nous a donné les moyens de matérialiser ce rêve que nous caressions depuis toujours.»

 

Yousra Abderahim N’DIAYE est directrice de la gouvernance économique au mécanisme africain d’évaluation par les paires au Tchad. YALI Mandela Washington Fellow 2015 dans le track Leadership civique, elle a étudié à l’université de Virginie et nous parle de son aventure au pays de l’Oncle Sam.

«Je suis passionnée par l’Afrique et de tout ce qui touche au continent noir. J’aime également l’économie et la géopolitique. J’ai vécu ma sélection au YALI comme un rêve qui se réalisait. J’ai été très contente car j’avais beaucoup d’objectifs en postulant à ce programme. Je voulais renforcer mes capacités de leadership et mes connaissances, mais l’un de mes principaux objectifs était de rencontrer Barack OBAMA qui, pour moi, est un symbole incontesté de l’audace et de l’espoir. C’est la première idée qui m’est venue en tête quand j’ai appris que j’étais sélectionnée : rencontrer Barack OBAMA dans son rôle de président des États-Unis. 

Concernant le séjour, je dirais que chaque journée était différente et avait sa particularité. Nous avons eu la chance de visiter plusieurs villes. Nous avons passé trois semaines à Charlottesville, une semaine à Montpelier, deux semaines à Williamsburg et nous sommes enfin allés à Washington DC. À Montpelier, nous étions logés dans la maison de James MADISON, un ancien président des USA qui a participé énormément à l’élaboration de la constitution américaine. C’est dans ce lieu chargé d’histoire que nous avons eu un cours de rédaction de la constitution d’un États fictif. Je faisais partie d’un groupe qui représentait une petite communauté dont la langue était menacée de disparition et il fallait qu’elle soit inscrite comme langue officielle dans la constitution. Ce fut une très belle expérience car on a vu à quel point la constitution reflète finalement un consensus entre toutes les parties prenantes d’un pays. Nous avons donc dû batailler et nous étions même obligés de négocier et d’accepter de défendre les revendications de certains groupes pour qu’ils nous soutiennent. Ce n’était pas des cours théoriques où il fallait répondre à des questions, écouter des professeurs. Les cours étaient très interactifs, très dynamiques et on saisissait concrètement les réalités derrière certains textes tout simples de nos différents pays. C’est en résumé une journée YALI type à Montpelier.

Le YALI a renforcé en moi la volonté de me rendre encore plus utile. J’ai surtout pris conscience que je pouvais être un acteur de changement et que je pouvais contribuer à l’amélioration des choses dans mon pays avec ceux qui le font déjà. Nous étions déjà très proches avant le YALI ma sœur jumelle et moi mais je pense que depuis le YALI on discute beaucoup plus facilement de certaines choses et de certaines réalités. Nos discussions sont plus poussées et nos argumentations plus nourries. Nous venons de publier un livre, un essai politique plus exactement qui est sorti le 1er avril 2017 aux éditions Le Harmattan. ‘’Le Tchad de nos rêves, la saveur de l’espoir’’ est un manifeste parce que nous y prenons position concernant un certain nombre de choses qui se passent dans notre pays et que nous déplorons, telles que le régionalisme et le repli communautaire qui sont de plus en plus courants. Nous y appelons également la jeunesse tchadienne à assumer toute sa responsabilité vis-à-vis du Tchad. Ce livre est un véritable cri du cœur que nous avons toutes les deux poussé.

Depuis ma participation au programme YALI, je me sens un peu moins ignorante du monde, de l’Afrique car j’ai découvert d’autres cultures. On se sent plus ouvert sur le monde, c’est vraiment une expérience extraordinaire. J’ai gardé contact avec beaucoup de YALI Fellows. La force de ce programme nous a permis d’aller au-delà de notre zone habituelle. Moi, francophone, j’ai levé les barrières avec l’Afrique anglophone. J’étais contente de rencontrer des gens issus de pays anglophones africains avec qui je n’aurais pas forcément pu tisser des liens aussi profonds sans le YALI. Nous étions 25 participants issus de 21 pays dans mon université, il y avait des gambiens, des kényans, des ougandais, des zimbabwéens etc. Je suis heureuse d’avoir découvert ces pays à travers mes camarades, et maintenant, où que j’aille en Afrique j’ai désormais un contact, une personne que je peux appeler et rencontrer pour me faire découvrir le pays. L’une des vraies forces du YALI c’est le réseautage.  

 

 

Meganne BOHO

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