Rassemblement Démocratique Africain : sueur et sang de nos héros Société

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Le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) est une ancienne fédération de partis politiques africains. Elle a été fondée en 1946 à l’issue du Congrès de Bamako, sous l’initiative du premier Président de la République de Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny. Le but du RDA était de mener la lutte pour l’indépendance des anciennes colonies. Cette fédération fut l’une des trois qui existaient à l’époque et reste encore aujourd’hui dans les esprits comme la force politique la plus puissante de la période de décolonisation des territoires africains.

 

Le RDA pour une cause commune

Comme lors de la Première Guerre mondiale, l’engagement des colonies africaines aux côtés de la métropole a été très considérable durant la deuxième Grande guerre. Ainsi, elles ont fourni des contingents d’hommes dont le nombre est estimé à 500 000. Certains parmi eux ont combattu en Afrique, lorsque d’autres ont été envoyés en Europe et dans plusieurs colonies d’Asie.

Durant cette période de guerre, le travail forcé s’est intensifié, et ce, afin d’accroître la production, ensuite acheminées vers les puissances coloniales. Des réquisitions de récoltes alimentèrent ainsi le marché de Londres et des troupes alliées.

Cette situation pue l’injustice et des voix autochtones vont se faire entendre. En effet, dans les colonies françaises en particulier des intellectuels africains vont décider de lutter pour arracher un peu plus de liberté. Ceux-ci croient qu’enfin la métropole sera forcée de montrer sa reconnaissance et leur accorder l’indépendance. Des heurts éclatent dans plusieurs de ses colonies. Certaines seront sévèrement et violemment réprimées. Mais au lendemain des affrontements, les peuples coloniaux sont très vite déçus. La métropole n’entend pas renoncer à son règne.

Celle-ci permet néanmoins, durant la conférence de Brazzaville de 1944, et par la voix du Général de Gaulle, de permettre aux peuples colonisés de participer désormais aux affaires politiques de leur pays, mais en ne prévoyant clairement  pas toute idée d’autonomie antérieure.

Cette attitude est jugée inacceptable par les élites africaines, qui dès lors décident d’unir leurs forces et d’agir en synergie pour mener le même combat. Celui de parvenir aux indépendances, en adoptant des stratégies politiques communes.

Un super parti au-dessus de tous les clivages

Le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) naît lors du congrès de Bamako qui se tiendra du 18 au 21 octobre 1946, sous la présidence de l’ivoirien Félix Houphouët-Boigny. Le RDA est une fédération de partis politiques africains francophones qui a réuni à ses débuts quatre formations politiques majeures : le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), l’Union Démocratique Sénégalaise (UDS), l’Union Soudanaise (US) et l’Alliance pour la Démocratie et la Fédération de la Haute Volta (ADF).

L’aspiration première du RDA est de rassembler la plus large opinion des forces politiques africaines, au-delà des clivages politiques, religieuses et culturels. Ainsi, la circulaire du comité de coordination du RDA en pose les préceptes : le RDA est «Une réalité indépendante des conceptions politiques ou religieuses, des affinités ethniques, de la situation sociale.»

Le Rassemblement Démocratique Africain s’est constitué une ligne de combat : la lutte contre la domination coloniale. On retrouve ainsi dans la circulaire du comité de coordination du RDA le discours équivoque de Félix Houphouët-Boigny, «L’objectif essentiel du Rassemblement Démocratique Africain est de réaliser à tous les échelons de l’organisation politique l’union que manifestent les africains. Sa tâche primordiale dans la période actuelle est donc l’union de toutes les forces anticolonialistes à l’intérieur de chaque territoire.»

Félix Houphouët-Boigny, Gabriel d’Arboussier, Modibo Kéita et Fily Dabo Sissoko en seront les principales personnalités fondatrices.

10 grands partis politiques en un

Le RDA finit par fédérer dix partis politiques. Le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Le Parti Démocratique Voltaïque qui devient en 1957 l’Union Démocratique Voltaïque, l’Union Soudanaise, l’Union des Populations du Cameroun (UPC), l’Union Démocratique Soudanaise (UDS), le Parti Démocratique de Guinée, le Parti Progressiste Nigérien, le Parti Progressiste Tchadien, le Parti Progressiste Congolais, remplacé en 1958 par l’Union Démocratique de Défense des Intérêts Africains et le Comité Mixte Gabonais qui sera en 1954 le Bloc Démocratique Gabonais.

Tous ces partis politiques à travers le RDA signèrent une alliance avec le Parti Communiste Français (PCF). Celui-ci disposait d’une force parlementaire considérable en hexagone ; le PCF, parti de l’opposition en France, apportera un appui sans réserve au but poursuivi par le RDA.

Au prix du sang       

Les partis politiques du RDA, avant même de fédérer, militaient tous pour l’indépendance des colonies françaises. Leur revendication prend une forme plus radicale avec le RDA. Les différents représentants forment un bloc et se présentent comme des modèles révolutionnaires.

L’idée d’émancipation du RDA lui attire une grande popularité parmi les populations des villes. Après le départ du Parti Communiste Français du gouvernement français, les rapports du RDA avec les autorités coloniales se trouveront très affectés. On assistera donc à des arrestations de nombreux militants, à la destitution de plusieurs employés colonisés et à la création d’organisations rivales inféodées à la métropole.

À toutes ces exactions, le RDA répond par des grèves et des démonstrations de forces : manifestations des femmes, boycotts des commerces européens. À la fin de l’année 1949, la tension devient particulièrement grave. En Côte d’Ivoire par exemple, un choc entre les forces de police et la population fait 13 morts et 50 blessés à Dimbokro. Le leader du PDCI-RDA, Félix Houphouët-Boigny est menacé d’arrestation le 30 Janvier 1950.

De nombreuses atrocités ont été commises par les autorités coloniales afin de d’émousser la détermination des militants du RDA. Des militants ont été contraints de mâcher puis à avaler leur carte d’adhérent. Des militants ont été arrêtés et attachés entre eux par une corde, promenés dans les rues, battus et humiliés.

Il nous est impossible d’énumérer toutes les difficultés subies par les militants du RDA. Seulement, nous retenons que c’est au prix de leur sang que la Côte d’Ivoire et de nombreux pays africains francophones ont obtenu leur indépendance.

 

Pamphile GNAHOUA

 

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