Jean-Eudes POKOU : Moi, le théâtre et le cinéma

Jean-Eude POKOU est un amoureux du cinéma et du théâtre

Jean-Eude POKOU est un amoureux du cinéma et du théâtre

En Afrique, réussir et devenir une icône, sans passer par des raccourcis politiciens ou par des turpitudes, relève de l’extraordinaire. Si tu veux être un modèle dans le bon sens du terme, il te faudra naviguer à contre-courant en défiant les mentalités exécrables. La Jeunesse africaine, espérance du continent noir, se laisse malheureusement, de plus en plus, corrompre et contaminer par tant de maux qui la déshonorent. Mais, le tableau n’est pas que sombre. Certains sortent du lot. Jean-Eudes POKOU sort du lot. Ce Jeune ivoirien, passionné de théâtre, de cinéma et du micro, est l’une des saveurs qui donnent encore du goût à l’Afrique. Son parcours n’a rien de spectaculaire. Pas de strass ni de paillettes encore moins de feu de projecteurs. On y trouve que de l’abnégation, de la foi, de la persévérance, du rêve… et de la bonne humeur. Profil.

 

Cocody-Angré Star 9, c’est dans cette coquette cité que résident Jean-Eudes POKOU et sa charmante famille. Homme très occupé, le rendez-vous pris avec l’équipe de Tomorrow Magazine, a dû être reporté à deux reprises. Responsable artistique dans un studio de production audiovisuelle et cinématographique, Eudes a en effet un programme hyper chargé. Beaucoup sollicité çà et là pour ses compétences d’animateur et de professionnel de la scène, nous avons dû nous mettre à l’évidence et nous conformer à son programme, malgré les contraintes du temps. Ce membre actif de l’Organisation Internationale de Jeunesse IYF (International Youth Fellowship) accorde beaucoup d’importance aux notions de volontariat et de partage.

Hilarant et accueillant, Eudes est très porté vers le spirituel. Chrétien de confession religieuse (il a insisté qu’on le mentionne), il s’est ouvert à notre micro pour nous présenter son parcours et sa vision de la vie.

A lire aussi : Julien Achille AGBE, 3ème meilleur jeune Leader africain qui fait bouger le continent

Très vite amoureux des planches

C’est dans le village de Morikro, aujourd’hui Molloukro, dans le centre de la Côte d’Ivoire, que Jean-Eudes POKOU fait ses toutes premières années à l’école. Son Père, instituteur de profession y officie. Du CP1 jusqu’au CE2, Eudes est un élève assidu et correct. Il le sera d’ailleurs dans tout son cursus scolaire et universitaire. Après quelques années à Molloukro, Monsieur Pokou est affecté dans un autre petit village, pas loin de ce dernier, Assrikro. C’est dans le petit village d’Assrikro que le jeune Eudes obtient son premier diplôme, la fameuse Entrée en 6ème. Le gamin est affecté dans un collège de Bouaké, deuxième plus grande ville de la Côte d’Ivoire après Abidjan, situé au centre du pays. C’est le collège Henry Point Carré qui l’accueille. Après, ce sera d’incessants vas et viens entre les lycées et collèges de Bouaké et de Sakassou qui émailleront la vie scolaire du Jeune Eudes. Dans la foulée, il échouera une fois au BEPC et obtiendra plus tard son baccalauréat série A2, en 1999, au collège Belleville de Bouaké.

Eudes n’était pas différent des autres élèves, mais contrairement à la plupart de ceux-ci, il savait exactement, dès la classe de 5ème, ce qu’il voulait faire de sa vie. Son rêve était clair, devenir professionnel du théâtre. « C’est lorsque j’étais en classe de 5ème que j’ai commencé à penser à devenir un professionnel des planches. C’est d’ailleurs pendant cette période que je joue mon premier rôle dans une pièce de théâtre. » Déclare-t-il.

Le cœur battant de plus en plus pour la scène, le petit Pokou avait cependant un sérieux problème, « À l’époque, j’ai dû me surpasser car j’étais très timide. » Il le savait, il fallait absolument surpasser cette timidité pour espérer embrasser un jour ce corps de métier. C’est à coup de nombreuses répétitions, effectuées en groupe et tout seul, qu’Eudes a pu surmonter son anxiété. À l’époque, cette envie d’art lui a valu le surnom de ‘’dramaturge’’. Eudes adorait jouer des personnages, imiter des voix, etc. Toujours présent dans les activités culturelles de son établissement et de sa ville, Jean-Eudes POKOU, plus que jamais savait où il voulait aller, « C’est surtout en classe de 2nd que le vœu de faire du théâtre devient plus fort. A cette époque, j’étais sûr d’une chose, je voulais intégrer l’INSAAC. »

A lire aussi : Alain NTEFF, Prix Spécial de la Reine d’Angleterre

L’INSAAC, Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle, situé à Abidjan, est la plus grande école du pays formant les artistes comédiens, sculpteurs, peintres, danseurs, dessinateurs et autres. C’est très banalement qu’Eudes découvre cette école, comme il l’explique lui-même, « En 1ère, j’ai découvert l’INSAAC à travers une publicité dans un annuaire téléphonique. Une présentation assez complète de cette école y était faite. C’est là que j’ai pu être informé des activités de cette infrastructure de formation avec toutes ses écoles et ses centres de formation. » Le déclic part de cette découverte.

L’année scolaire 1999-2000 reste inoubliable pour Eudes. C’est pendant cette période qu’il est reçu au concours d’entrée à l’INSAAC. Le cœur rempli de joie et décidé a marqué ce secteur, Eudes débute ses études supérieures.

Le théâtre et le cinéma

Jean-Eudes POKOU, en professionnel averti, est très pointilleux sur un fait. Il ne faut pas commettre l’erreur de confondre théâtre et cinéma. Face à notre question de savoir dans combien de films a-t-il joué en tant qu’acteur, il ne tarde pas à nous faire cette précision, « Je tiens à préciser quelque chose. J’ai été formé en tant que comédien de théâtre et pas en tant qu’acteur de cinéma. Ce sont deux choses qu’il faut différencier. » Avant de devenir acteur dans des films, il est d’abord artiste comédien. Être sur une scène de théâtre, face à face avec le public, communier avec lui, le voir réagir, lui apporter toute la chaleur et toute la sympathie, voici ce à quoi il a été formé et c’est à cela qu’il s’identifie, « Mon lieu de prédilection, c’est donc la scène. » Alors pendant quatre ans et plus, il a joué dans pas mal de pièces de théâtre, les unes plus célèbres que les autres, notamment avec des troupes telles que Art Peviel, l’Atelier Deakoom de De Sales Obou VAGBA, et la Compagnie Nationale de Théâtre, etc.

Ceci dit, entre le théâtre et le cinéma, il n’y a qu’un seul pas. Jean-Eudes POKOU a joué dans quelques films et il s’y est bien illustré. Son tout premier rôle dans un film, il l’obtient grâce à son ami réalisateur, feu Sébastien Touviel HIEN, dans le film ‘’Mirage’’. Ensuite, il travaille dans ‘’Mon village’’ de la célèbre actrice ivoirienne Suzanne SINGO, surnommé ‘’dent de Man’’. Après c’est avec les réalisateurs Adèle DJEDJI et Edgar N’GORAN qu’il boss sur le film ‘’Alliance’’ qui dans le temps, était diffusé sur la deuxième chaîne nationale ‘’TV2’’. Mais le film qui le fait connaitre au grand public ivoirien et au monde entier, c’est le ‘’Choix de Marianne’’ de la réalisatrice Yao MAFILI. Un film que se sont arraché les grandes chaînes de télévision émettant en Afrique et ayant une grande audience sur le continent. Eudes a joué dans bien d’autres films tel que ‘’Coup de force conjugal’’.

A lire aussi : Laurence Kerow N’GUESSAN : Osez rêver grand !

Viser encore plus haut

Des écueils ? Eudes en a rencontré dans sa vie, il continue d’en vivre d’ailleurs. Mais la notion de difficulté est appréhendée d’une manière particulière par notre artiste, « Les difficultés pour moi ne représentent pas quelque chose de négatif. Ce sont juste des moyens nous permettant de cerner notre vie. Tout ce que nous vivons dans notre vie doit nous emmener à réfléchir. » Comme de nombreuses personnes, il a vécue et continue de vivre des moments pas très enviables dans le cadre de ses activités professionnelles, mais au contraire de plusieurs, il ne les considère pas comme des calamités. Ses échecs, sont ses sources d’inspirations, « Par exemple, mes échecs répétés au concours de la fonction publique dans le passé, ont été très profitables dans ma manière de voir les choses aujourd’hui. » Dans le secteur des arts en Côte d’Ivoire, les problèmes ne manquent pas. Les choses sont bien difficiles qu’on ne le croit. Mais Eudes conserve précieusement son optimisme, « Rien dans ce monde ne se fait sans difficultés. Dieu renouvelle toujours cette Foi en moi que demain sera meilleur. » 

Avec une telle mentalité, on ne serait pas étonné d’entendre que Jean-Eudes POKOU soit l’un des meilleurs de sa génération. Son mérite d’ailleurs a été reconnu à maintes reprises. Il a été plusieurs fois distingué et a reçu de nombreux prix, dont les majeurs sont le Grand Prix Kodjo Ebouclé du meilleur réalisateur lors de Clap Ivoire 2011 ; prix du meilleur acteur lors de Vacances Cultures à Yamoussoukro la même année ; primé meilleur comédien los du Festival International Universitaire de Casablanca au Maroc en 2012 ; lauréat de deux prix lors de l’Africa Web Festival en 2014.

Rassasié ? Pas la peine de le poser à notre Jeune acteur. Il vise encore plus haut. Pourquoi ne pas un jour recevoir une récompense au Festival de Cannes ? Eudes croit aux fruits du travail bien fait, mais il croit surtout en Dieu, « Je continue de poursuivre mes rêves dans cette grisaille parce que j’ai la Foi. J’ai la Foi parce que je crois en Dieu. J’ai la Foi parce que je sens et je vois une Jeunesse qui se débat pour se valoriser et valoriser ce qu’elle fait. »

Comment se considère-t-il son métier? « Tout ce que je fais dans mon domaine d’activité, c’est la vie. On le dit souvent, la vie est comme une scène de théâtre où chacun vient jouer son rôle. » Pour lui, l’artiste donne vie à une œuvre, il lui donne un souffle et une histoire. Un scénariste, un réalisateur est donc un « créateur ». Mais il indique toutefois avec beaucoup de conviction, « le Véritable CREATEUR c’est Dieu ! C’est pourquoi, on a besoin d’être connecté à LUI pour vivre heureux et épanouis. »

 Téléchargez gratuitement Tomorrow Magazine en cliquant ICI

 

Yannick DJANHOUN