Le marché domestique du bois en Côte d’Ivoire

 

La superficie de la forêt naturelle en Côte d’Ivoire était estimée à 16 millions d’hectares en 1960 et à moins de 2 millions d’hectares au début du XXI siècle, soit un taux de déforestation annuel de 300 000 hectares (Lanly 1969; FAO 2003; FAO 2005).

Cette régression du couvert forestier s’explique par l’option d’une économie basée sur la valorisation des ressources naturelles et l’agriculture dont les prémisses ont été posées à l’ère coloniale et qui s’est perpétuée après l’accession du pays à l’indépendance en 1960 (Léonard and Ibo 1994 ; Seudieu 1996 ; Léonard 1997 ; Balac 2000). Au cours de la décennie 1980, la contribution cumulée de l’agriculture et de l’exploitation forestière dans l’essor économique a été estimée à 30 % du PIB (Coulibaly 1998; Ibo and Kessé 1998).

L’exploitation forestière spécifiquement, est indissociable de l’histoire économique et sociale de la Côte d’Ivoire. Entre 1960 et 1980, la production de bois a connu une progression exponentielle, passant de 1 045 000 mètres cubes à 5 321 000 mètres cubes. La conversion rapide des terres forestières en concessions agricoles a durablement entamé le potentiel des forêts naturelles dont la production actuelle est évaluée à 1 142 288 m (MINEF 2014). Aujourd’hui, la contribution de la filière bois dans l’économie nationale est en nette régression. Selon la Direction en charge de l‘Exploitation et des Industries Forestières (DEIF) la filière bois représente moins de 1 % du PIB depuis 2010 (MINEF 2012); néanmoins le secteur forestier se situe toujours au quatrième rang des recettes d’exportation en valeur et représente un important vivier d’emplois estimé à 50 000 personnes (OIBT 2008; Finifter 2010), auxquelles il faut surement ajouter des milliers d’emplois dans le secteur informel.

Dès le début des années 1960, la production forestière nationale a été principalement orientée vers l’exportation en direction du marché européen. L’exportation concernerait aujourd’hui 90 % de la production industrielle de bois d’œuvre (RDCM 2013). Les sciages constituent l’essentiel des produits commercialisés à l’extérieur, les grumes ayant été interdites d’exportation par le décret n° 95-682 du 6 septembre 1995 portant interdiction d’exportation des bois bruts, équarris et en plots. En 2012, le pays a exporté 408 028 m de sciages, volume qui a légèrement diminué en 2013 (MINEF 2012).

L’exploitation forestière se déroule majoritairement dans le domaine rural qui génère 90 % des bois prélevés par les industries (Kadio 2009). Ce domaine est selon la formule de Verdeaux (1997) un « […] espace d’affrontement entre modes d’appropriation concurrents et mutuellement exclusifs ». Ainsi, le domaine rural est constitué de terres forestières destinées à être mises en valeur sous la forme d’exploitations agricoles. Les modalités d’exploitation fixées par le Code forestier de 1965 ne sont pas orientées vers une gestion durable du domaine rural. Suivant cette logique d’exploitation de type minier, le décret de n°78-231 du 15 mars 1978 fixant les modalités de gestion du domaine forestier de l’État énonce que des mesures doivent être prises pour que l’exploitation du bois d’œuvre soit aussi complète et durable que possible dans le domaine rural.

En 1994, la Côte d’Ivoire a adopté une réglementation dont l’objectif est de poser les bases d’une industrialisation plus poussée et d’une gestion durable du domaine rural à la faveur d’une réforme du secteur forestier inspirée par la banque mondiale (Verdeaux 1997). Les permis d’exploitation temporaires qui structuraient jusque-là l’exploitation forestière dans le domaine rural sont remplacés par les périmètres d’exploitation forestière dont la superficie minimale est de 25 000 ha assortie de l’exigence d’un plan d’aménagement et pour une durée comprise entre 10 et 20 ans.

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Eric ANDEA, Expert en environnement

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