Les ouvriers de la vie

Chaque année, c’est par milliers que des hommes, des femmes, des jeunes, pauvres ou riches, mettent leur vie, leur temps, leurs compétences, leur richesse, etc. au service du bonheur d’autrui. Les bénévoles, volontaires et travailleurs sociaux, sont de véritables ouvriers de la vie. Chaque 05 décembre, le volontariat est célébré partout dans le monde. Tomorrow Magazine, pour ce premier numéro de l’année 2018, est focus sur cette activité altruiste qui donne tout son sens à l’humanisation.

C’est quoi le volontariat ?

Le volontariat est un acte volontaire posé par un individu dans le but de servir, soit sa communauté, soit une personne ou une société quelconque etc. cela implique que le volontaire ne soit pas lié à son employeur par un contrat de travail selon les lois du travail en vigueur dans les États mais peut être soumis juridiquement à un contrat qui définit le temps auquel il pourra servir cette communauté, la tâche exacte à exécuter ou les indemnités auxquelles il a droit.

Cependant, dans certains cas, le volontaire offre son temps, son savoir et ses moyens pour une collectivité petite ou grande ou d’une communauté sans en attendre quelque chose en retour. C’est ce que nous déclare José-Landry GUEHIresponsable national du Réseau des Associations de Volontaires en Côte d’Ivoire (RAVCI) «Le volontariat est un engagement libre pour la communauté sans en attendre quelque chose en retour.» Par ailleurs, l’Assemblée générale des nations unies définit le volontariat ou le bénévolat comme ‘’un ensemble d’activités entrepris librement pour le bien du public et pour lesquelles la rémunération ne constitue pas la principale motivation.’’

Dans toutes ces définitions, on peut le voir, la notion ‘’libre’’ nous ramène à la volonté propre de l’individu à contribuer, d’une manière ou d’une autre, au bien-être de la communauté. Le volontariat, on peut le dire, est donc lié à une passion personnelle du volontaire le motivant à servir les autres, moyennant des indemnités ou pas.

Il existe plusieurs formes de volontariats, mais nous prendrons en compte les deux grandes formes que nous présente le rapport sur la situation du volontariat dans le monde, mené par les experts des Nation Unies. Ce rapport dégage le volontariat formel et le volontariat informel. Le volontariat formel, c’est le volontariat mené sous la bannière d’une institution gouvernementale ou internationale qui définit donc le cadre de travail, les objectifs et les actions à entreprendre pour les atteindre. Il peut être formel national, c’est-à-dire lié aux institutions nationales ou formel international qui ramène aux institutions internationales. Ce type de volontariat permet de maitriser ou de recueillir des données fiables liées à l’activité menée. Ici, les volontaires sont mieux outillés et développent des compétences liées au travail pour lequel ils sont engagés.

Le volontariat informel quant à lui, n’exclut personne. Les volontaires informels peuvent aussi bien être des analphabètes que des personnes instruites qui travaillent sans protection juridique et souvent avec une formation minime. L’apprentissage se fait souvent sur le tas. Les faits montrent que les citoyens qui commencent à se porter volontaires à titre informel dans leur communauté, leurs écoles et leurs hôpitaux acquièrent de nouvelles compétences en matière d’organisation, de participation et de sensibilisation. C’est l’exemple des secouristes, des pompiers et des agents de collectes de données etc.

Le volontariat, au fil des années, a joué un rôle capital dans nos sociétés continuellement en proie aux guerres, aux pandémies, aux catastrophes naturelles, aux attentats etc. Que serait le monde à la fin de la Seconde Guerre mondiale si des individus ne se décidaient pas librement à aider à la réparation des tonnes de dégâts matériels causés par celle-ci. Selon le site slate.fr, on estime à 91 000 le nombre d’intervenants et de volontaires qui ont œuvré pour sauver des vies lors de la série d’attentats qui a secoué les Etats-Unis d’Amérique le 11 septembre 2011, et qui a causé près de 3 000 morts. Plusieurs d’entre elles ont perdu la vie, d’autres en sont ressorties handicapées ou malades. Le volontariat n’est pratiqué qu’en cas de crise, il est aussi pratiqué en période de paix.

Le volontariat, puissant levier de développement d’une société

Après maintes études et réflexions menées, l’ONU a récemment décidé dans son Rapport de 2015 sur la situation du volontariat dans le monde, d’impliquer le volontaire au centre de la gouvernance des États, dans le but de favoriser la bonne gouvernance des États dans le monde. Ainsi selon l’ONU«Le volontariat est une ressource incontournable pour relever un grand nombre de défis [du développement] de notre époque et pourrait favoriser, de manière significative, l’appropriation nationale  générale, la participation de tous et la pérennité du développement.»À entendre les conclusions de cette étude, on pourrait se demander quel impact pourrait avoir le volontariat sur la gouvernance d’un État ?

En effet, tout part de la définition du concept de volontaire développé ci-dessus et qui implique un libre engagement d’un individu pour la communauté sans aucune motivation financière. Le volontaire est mieux imprégné des réalités des communautés que les gouvernants, il serait donc judicieux que celui-ci face parti des prises de décisions et de l’orientation de la politique gouvernementale. Dans la mise en œuvre des projets communautaires et des études élaborés par les nations unies, les volontaires occupent donc une place de choix, parce qu’ils sont les exécutants de tous ces programmes. Associer les volontaires aux prises de décisions gouvernementales faciliterait donc les actions des gouvernants dans leur volonté de favoriser le bien-être de leur population.

En Ouganda, cinq communautés du nord du pays ont participé à un projet visant à garantir que la population locale était informée des ressources publiques auxquelles elle avait droit. Certains membres de la communauté ont reçu une formation pour améliorer leur capacité à comprendre les informations relatives aux flux financiers et aux processus de développement connexes, avant d’être nommés chargés de suivi des ressources à titre volontaire. Conscients de leur droit à l’information, les volontaires ont demandé des informations aux principaux acteurs de la gouvernance (aux conseillers locaux, par exemple). Ils ont également été formés à faire part de leur expérience sur l’aptitude de ces ressources, à répondre à leurs besoins ainsi que sur la qualité et la pertinence des fonds des programmes. Ils ont commencé à s’intéresser au programme de services nationaux, dédiés aux conseils et à l’agriculture (NAADS), destiné à améliorer la sécurité alimentaire.

À l’instar de cet exemple Ougandais, de multitudes actions sont menés chaque année par des volontaires dans le monde entier pour faciliter la vie des populations et leur procurer un mieux-être.

Le volontariat en Afrique et dans le monde

L’Afrique est un continent avec une population majoritairement jeune, plus de 60% de la population. Et cette tranche de la population peut être un véritable vivier de volontaires. La culture Africaine, dans son essence même, favorise la solidarité, l’entraide et le bien-être d’autrui. Ceci est un atout majeur pour faciliter la culture du volontariat sous nos cieux. L’ONU reconnaît cet état de fait. Dans son rapport, l’organisation onusienne déclare,«L’Afrique est un continent marqué par la croissance et par une forte présence du volontariat, essentiellement fondé sur les valeurs historiques qui sous-tendent ce concept dans la région. Les éléments de la philosophie d’Ubuntu, qui sont bien connus à travers l’Afrique australe, se retrouvent dans beaucoup de traditions dans le monde. Ubuntu valorise l’acte de faire preuve de considération à l’égard du bien-être de chacun dans un esprit de soutien mutuel.» Ce rapport ajoute également qu’ «Il se fonde sur la reconnaissance de la dignité humaine, les relations intracommunautaires, les valeurs humaines et le respect pour l’environnement naturel et les ressources qu’il procure.  Le volontariat comble depuis longtemps les lacunes dans la fourniture de services aux populations les plus pauvres, les volontaires étant souvent eux-mêmes des personnes défavorisées s’engageant au service d’autres personnes démunies.» Être au service du bien-être d’autrui, ne requiert pas forcément de grand moyen, et c’est à juste titre que l’adage dit «Nous avons toujours quelque chose à offrir.»

Le volontariat produit de très bons résultats sur le continent Africain. C’est ce que nous indique le rapport onusien lorsqu’il dit «L’Afrique a ouvert la voie en proposant des services novateurs de prévention et de prise en charge du VIH/SIDA, qui s’attaquent à la stigmatisation et défendent la justice et le traitement des personnes vivant avec le VIH, ainsi que les droits de celles concernées par le VIH/SIDA, y compris les droits des veuves en matière de succession et de propriété ou les droits des enfants. Le travail de centaines de milliers de volontaires du continent a donné lieu à des campagnes destinées à améliorer l’accès aux soins et à favoriser la participation aux décisions politiques, appelées ‘’Rien sur nous sans nous’’. Certaines de ces campagnes ont été portées à l’échelle mondiale par les volontaires, notamment des femmes, qui réclamaient que leur expérience et leurs besoins soient mieux pris en compte par les institutions internationales qui établissent les protocoles et les programmes pour lutter au mieux contre le VIH/SIDA.»

Au Ghana, au Zimbabwe, en Ouganda, en Afrique du Sud, etc. des volontaires constituent des mouvements informels, voire créent des ONG, pour défendre les droits des femmes. Ils demandent ou élaborent de nouvelles lois en faveur des femmes, notamment sur laviolence, le harcèlement sexuel et le viol, et sur leurs droits dans le mariage et en matière de succession. Ces groupes se sont tous associés à des femmes pour exprimer leurs sujets de préoccupation et pour mobiliser des volontaires informels (principalement des femmes) pendant leurs campagnes. Au cours des dix dernières années, de nombreux pays d’Afrique ont adopté des lois qui sanctionnent la violence domestique et les autres formes de violences, et réformé le droit matrimonial pour accorder des droits aux femmes. Les organisations de femmes et de nombreux volontaires continuent d’œuvrer pour que les lois promulguées ne restent pas lettre morte et soient mises en œuvre, financées et correctement surveillées.

Au-delà de l’Afrique, le volontariat, qui n’est pas diffèrent du militantisme social, gagne peu à peu du terrain et travail à réduire les inégalités entre riches et pauvres, entre hommes et femmes, etc. dans le monde Arabe par exemple, on observe des réductions au niveau des inégalités dans le genre par une intégration de plus en plus de femmes dans l’administration publique. Et même si cela est dû à la vague de contestation qui eut lieu en 2011, on constate des changements probants dans cette partie du monde.

L’Asie n’est pas en reste, plusieurs pays asiatiques sont aussi touchés par cette montée du volontariat et du militantisme social. Selon l’ONU, au Sri Lanka, les associations formelles et informelles de volontaires ont été déterminantes pour renforcer l’engagement des citoyens dans le processus de relèvement lorsqu’un gouvernement plus réceptif s’est engagé sur le chemin de la réconciliation. En 2011, à la suite de la guerre civile qui a opposé les forces de l’État et les Tigres de libération de l’Eelam Tamoul jusqu’en 2009, le gouvernement Sri Lankais a avalisé les recommandations et le rapport de la Commission dédiée aux leçons du conflit et à la réconciliation. Parmi les priorités mises en avant figuraient l’importance des partenariats entre la société civile et les autorités locales et la capacité des personnes vulnérables à participer à la gouvernance grâce à des débats structurés et à un meilleur accès aux services. Nous avons aussi le Népal ou en 2007, la Constitution provisoire a imposé un quota de 33 % de femmes dans tous les comités de gouvernance locale, y compris dans les comités de développement des villages (institutions responsables de leur planification). Elle prévoit par ailleurs la création de partenariats entre les communautés et le secteur public, et exige que 10 % du budget des comités soient destinés aux affaires féminines.

Dans les faits, cependant, la représentation des femmes dans ces instances locales est très faible. Même lorsque des volontaires y prennent part, elles parviennent rarement à contester les décisions qui réattribuent les fonds dédiés aux questions d’égalité entre hommes et femmes à d’autres projets de développement.

Pour remédier à la situation, les volontaires internationaux et leurs partenaires d’une organisation locale de femmes de l’ouest du pays ont dispensé des formations sur le leadership pour aider les femmes à exprimer leurs préoccupations, à parler à titre collectif et à prendre confiance dans l’importance de ce qu’elles ont à dire. En plus de s’associer aux volontaires locales participant déjà aux forums de gouvernance locale, ils ont collaboré avec la communauté pour expliquer à la population que la politique n’était pas réservée aux hommes et démontrer le rôle capital des femmes dans la gouvernance locale. Les volontaires internationaux ont également été à la rencontre des membres masculins des comités (dont beaucoup ignoraient l’existence de quotas de participation des femmes), pour leur présenter les avantages de garantir une participation active des femmes.

Grâce à ces formations, les Népalaises commencent à faire valoir leur opinion au sein des comités.

Les États sont de plus en plus incapables de régler les difficultés auxquelles sont confrontés leurs populations, c’est pourquoi il important, voire capital que chaque citoyen à son humble niveau, selon ses moyens, se sente responsable et agit pour permettre aux communautés de bénéficier d’un mieux-être. Il y a plusieurs manières de contribuer à l’épanouissement de la société, mais le plus gratifiant c’est de le faire sans aucune motivation financière. L’Afrique en a besoin, le monde en a besoin.

Paterne BAHI

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