Michel Joseph, Le journalisme, c’est vivre pour les autres


Le Journalisme est un métier noble. Être la voix des sans voix. L’oreille et les yeux de toute une population. C’est un sacerdoce. Mais, il revient récurrent que ce métier controversé, est loin d’être objectif. Un journaliste a toujours un parti pris, crois-ton généralement. Il est forcément d’avis avec les idéaux et les pensées d’un courant politique, économique et social. C’est un citoyen après tout. Alors, dès qu’il est appelé à donner une information, celle-ci s’en trouve être teintée de sa conviction. Ceci est une réalité qu’on ne pourrait nier, mais il existe un autre aspect à prendre aussi en compte. Il existe des journalistes, conscients de leur rôle dans la société et qui ne vouent la pratique de leur profession qu’au bien-être des autres. C’est le cas de Michel Joseph. Ce Jeune Haïtien de 29 ans est l’un des journalistes les plus actifs de son pays, appliqué à faire retentir le ressenti et les aspirations du peuple. Tomorrow Magazine vous le fait découvrir ce mois de janvier 2017.

En septembre 2017, Tomorrow Magazine est présent à la cérémonie de distinction des 35 meilleurs Jeunes Leaders de l’espace Francophone international. L’hôtel Azalaï d’Abidjan, lieu de la cérémonie, est bien plein de personnes, de Jeunes de qualité. On aperçoit entre autres le bouillant Charly Tchatch du Gabon, Latyf-Kader KONE (Papounigang) de la Côte d’Ivoire et bien évidemment Michel Joseph d’Haïti.

Cette nuit-là, le super prix Francophonie 3535 est décerné à Michel Joseph. Nous y découvrons l’histoire gratifiante d’un Jeune qui a choisi de se mettre au service de ses compatriotes.

La peur de demain

Le 1er mars prochain Joseph aura un an de plus. Il est né il y a 29 ans à Saint-Michel-de-l’Attalaye, une commune située dans le département de l’Artibonite d’Haïti. C’est avec sa grand-mère paternelle et l’un de ses oncles qu’il apprendra la vie, ses géniteurs étant éloignés. Jusqu’à aujourd’hui, leur absence constitue un grand vide dans la vie de notre journaliste, «L’amour et la tendresse de ces êtres si chers m’ont manqué et jusqu’à présent laissent un vide immense.» Heureusement, tout l’amour de ses deux parents qui l’éduquent lui a permis de bien grandir. Mais, dans cette période, de nombreux doutes traversent l’esprit du jeune Joseph. Il manque terriblement de confiance en lui, «J’ai été cet enfant qui a grandi sans un rêve. Qui ne croyait pas dans sa capacité à faire de grandes choses. À l’école, je n’avais pas d’objectifs précis. J’avais donc une certaine peur de l’avenir.»

Le Cap est une ville située au nord d’Haïti. Cette ville abrite une école primaire appelée Immaculée Conception, c’est là-bas que Joseph effectue et achève ses études primaires. Ensuite il fera le Lycée Boukman pour le premier cycle, avant de se retrouver au Collège Bell Angelot pour le secondaire. Le BAC en poche, le jeune Joseph est confronté aux difficultés universitaires de la ville du Cap. Il comprend très vite qu’il doit se rendre à la capitale, Port-au-Prince, pour les études supérieures. Son choix se porte sur l’Université d’État, car il n’a pas les moyens de fréquenter une université privée.

 Joseph adorait la communication et son père, désire vivement qu’il devienne médecin. Mais, il échoue au concours d’admission. C’est un cours dur pour le tout nouveau bachelier qui n’a aucune personne sur qui reposer un quelconque espoir financier. Il lui faut tenir le coup. Pas question d’abandonner. Et dans ces difficultés, Joseph apprend trois valeurs, «Pour faire face à toutes ces difficultés, trois valeurs m’ont toujours guidé : patience, endurance, persévérance.»

Face à l’incertitude, Joseph fera une fabuleuse découverte : le journalisme.

Journaliste pour servir l’autre

Pendant une causerie avec Monarc Petit, un ami du Collège Bell Angelot, Joseph entend quelque chose qu’il n’avait jamais entendu auparavant. Monarc l’encourage à aller étudier le journalisme parce qu’il voit en lui les potentiels d’un excellent communicateur et journaliste. ‘’Le meilleur moyen de conserver un esprit ouvert sont les conseils sincères d’un ami’’, disait le philosophe anglais Francis BACON. Joseph écoute la proposition de son ami avec beaucoup d’intérêt, «J’ai suivi son conseil et tenté ma chance.»  

Il passe le concours d’entrée à l’Institut de Communication et de Langue Française (ISCOF) et réussit avec brio. Joseph y suit des cours de journalisme. Et c’est le coup de foudre ! Il tombe littéralement amoureux de ce métier, «Ma passion pour ce métier a commencé dès les premiers jours. C’était comme découvrir une mission qui m’attendait depuis longtemps.» Affirme-t-il. En 2009, après une année de formation, il décroche son certificat et cherche un stage. En 2010, la chance lui sourit. La radio Tropic FM lui offre un stage. Joseph intègre l’équipe et s’apprête à vivre une aventure passionnante. Mais une seulement semaine après, soit le 12 janvier 2010, une terrible tragédie va frapper Haïti. Un tremblement de terre d’une magnitude de 7,0 à 7,3, frappe le pays. Le bilan est lourd. On compte plus de 300 000 morts, 300 000 blessés et 1,2 million de sans-abri. Port-au-Prince la capitale est touchée, gravement même. Le Palais de la Nation qui constitue le siège de la présidence est détruit. Pendant un mois tout le pays tombe dans l’état d’urgence.   

Notre jeune stagiaire se voit obligé de retourner dans la ville du Cap, auprès de sa famille. Mais Joseph a un œil dans la capitale. Par les médias, Joseph se rend compte de la situation humanitaire précaire qui prévaut. Le gouvernement Haïtien, aidé par les institutions internationales, des pays amis et des personnalités connues, fait ce qu’il peut. Mais, la situation fait accroître toute sorte d’injustice. Il lui vient alors l’envie de retourner dans la capitale pour aider autant qu’il le pourra et pour poursuivre son rêve.

En mars 2010, Joseph revient à Port-au-Prince, il reprend son stage à Tropic FM et y passe un an et demi. Durant ce temps, il devient un reporter proche de la population sinistrée. Des reportages sur les conditions de vie de celle-ci et les fléaux auxquels elle est confrontée ne manquent pas d’insistance dans le travail de Michel Joseph. La population l’adopte. Joseph semble être en train de redorer l’image d’une profession mal vue en Haïti. Faire de la presse un outil de changement positif est son nouveau cheval de bataille, «Il y a urgence aujourd’hui de redorer le blason de la presse en Haïti. Le journaliste doit faire l’effort d’aller au-delà de l’actualité de tous les jours. Je prône un journalisme utile, un journalisme qui se veut au service de la population. Un modèle de journalisme qui ne vise pas seulement  à informer la population, mais surtout à être un vecteur de changement sociétal.» nous dit-il enthousiasme. Pour lui, ce journalisme de développement a pour principaux outils des micros, des caméras, des plumes et des cahiers de notes. Joseph déclare vouloir être avant tout ce changement qu’il souhaite voir dans son secteur.

Après Tropic FM, Joseph rejoint, un an après, l’équipe de la radio RFM Haïti, où il travaille pendant un an et demi aux côtés du Journaliste senior et célèbre Rotchild François Junior. Mais le désormais chouchou des auditeurs Haïtiens rêve de rejoindre la plus grande radio de la capitale pour étendre son impact, «Toujours en quête de mieux être, j’ai quitté RFM après un an et quelques mois pour prêter mes services à la plus grande Station de Radio de la Capitale, Radio Caraïbes.» Raconte-t-il. Michel Joseph veille scrupuleusement à son indépendance. Il évite de se laisser enrôler dans un quelconque parti politique, au mépris de cette idée qui veut qu’il faille nécessairement s’attacher à un leader politique pour se faire une ‘’place au soleil’’.

La reconnaissance nationale et internationale

‘’On ne peut cacher le soleil avec une main’’ déclare le célèbre dicton. Les actions de Joseph, indéniablement, ont contribué à l’épanouissement et à la formation des Haïtiens.

Ce jeune de 29 ans s’est lancé dans la réalisation de nombreux reportages portant sur des sujets divers et variés. Les enfants de la rue, la corruption et la contrebande, le harcèlement sexuel, etc. Pour lui, tout fait en société peut faire l’objet d’un merveilleux reportage. Au micro du journal Le Nouvelliste, il déclare qu’«Un journaliste est, avant tout, un observateur avisé de son entourage. Un témoin privilégié. Il voit ce que les autres ne voient pas. Ce qui représente un simple détail pour les autres ne l’est pas forcément pour lui. Parfois, mes sujets me viennent à partir de rien. Une simple conversation peut être exploitée et devenir un vrai joyau de reportage !»

«Adoption en Haïti-Cri de désespoir» est l’un de ses plus célèbres reportages. Ce travail journalistique a permis à une fille adoptée répondant au nom de Lucie Leclerc de retrouver sa famille d’origine en Haïti, après de nombreuses années passées en France. Ce reportage a valu à Joseph le prestigieux Prix Philippe Chaffanjon du Reportage Multimédia, qui récompense chaque année  une réalisation multimédia publiée sur un site de presse français ou Haïtien. Il succède à deux autres grands reporters, Ralph Thomassaint Joseph et Juno Jean-Baptiste, respectivement lauréats de ce prix en 2014 et 2015.

En dehors de cette belle et grande distinction, Joseph a glané, de 2014 à aujourd’hui, de nombreux autres prix. En 2014, il gagne le Prix du journaliste de l’année-Radio Caraïbes ; en 2015, il décroche le Prix Rock Cadet-SOS Liberté ; la même année, c’est le Prix Jeune Journaliste Haïtien-Presse Radiophonique-OIF qui tombe dans son escarcelle ; Après le Prix Chaffanjon en 2016, il devient Lauréat de la Catégorie Personnalité Radio TV & Internet et le Super-Jeune Francophone de l’année 2017, lors des Prix Francophonie 3535, à Abidjan. Dans le cœur de notre distingué journaliste, tous ces prix ont une valeur inestimable à ses yeux, «Chaque reconnaissance, chaque distinction ou chaque prix, je les garde précieusement. Pour moi, Ils ont chacun une valeur particulière. Ils m’ont tous marqué.»

Mais Joseph ne prend pas la grosse tête. Il prône l’humilité et le respect. Il le souhaite vivement d’ailleurs à la Jeunesse Haïtienne et Africaine. Parlant d’Afrique, Joseph n’oublie pas sa terre d’origine, «L’Afrique c’est chez moi, non. Je viens de l’Afrique. C’est tout au moins ce que rapporte l’histoire, et je suis de plus en plus fier de mon origine.» Il redécouvre le continent Africain seulement à partir de 2016. Son premier voyage en Afrique s’est fait en novembre 2016 à Madagascar, pour les 45e Assises de l’union internationale de la Presse Francophone (UPF). En septembre 2017, il effectue son deuxième voyage en Afrique et cette fois-ci en Côte d’Ivoire, pour les Prix Jeunesse Francophone 3535. Le voyage le plus récent de Joseph, c’est en Guinée Conakry pour les 46e Assises de l’UPF. Il est tombé fou amoureux du continent noir, «Depuis un an, j’y ai beaucoup appris, je m’y suis fait beaucoup d’amis. Je suis tombé sous le charme de ce continent.» Affirme-t-il.

Au terme de l’entrevue qu’il a accordée à Tomorrow Magazine, Michel a bien voulu se prêter à la traditionnelle dernière question adressée à la Jeunesse Africaine. Il a laissé ce message, «Aux jeunes de mon pays Haïti et à mes frères et sœurs de l’Afrique, à ceux qui, tous les jours prennent des initiatives, qui osent, qui n’ont pas peur d’échouer, je veux vous rappeler que vos efforts ne sont pas vains. Tôt ou tard, des fruits vous en récolterez.»

Avant de rajouter «À ceux qui hésitent encore, je vous dis ceci : « Le moment c’est maintenant. Vous pouvez être la solution à un problème. Posez au moins une action qui puisse sauver votre communauté, votre pays, et pourquoi pas le monde. Jouez votre partition et ne vous en faites pas pour le reste. Se plaindre ne suffit pas. Vous avez une force incroyable. Vous pouvez faire bouger les choses. Réunissons-nous. Luttons ensemble. Prenons des initiatives, car si nous ne faisons rien aujourd’hui, pire demain sera.»

Demain Sera Meilleur.

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About Yannick DJANHOUN

Yannick DJANHOUN est un Journaliste ivoirien de 31 ans. Actuellement Rédacteur en Chef de Tomorrow Magazine, Yannick est un passionné des questions touchant au leadership et au Mind Education de la Jeunesse Africaine.

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