Coronavirus : Dr Servais SAÏ, l’Afrique peut compter sur nous !

Docteur Saï assure que l'Afrique peut vaincre le Coronavirus

Après l’Asie, l’Europe et l’Amérique, le Coronavirus s’est attaqué à l’Afrique. Sur le continent noir, on s’attendait une hécatombe, plus qu’on en a vu en Occident. L’OMS, la mère de toutes organisations de santé du monde, avait prévu ce carnage. Mais ça n’a pas été le cas. La COVID-19 sévit en Afrique, mais les conséquences restent minimes. Par la grâce de Dieu, qui dispose le cœur de nombreux médecins sur le continent n’ayant pas forcément tout le nécessaire pour combattre la maladie, se sacrifient pour épargner aux populations de grandes douleurs. Docteur Servais SAÏ fait partie de cette génération de Jeunes médecins, décomplexés et sûrs de leurs compétences, qui clament haut et fort que l’Afrique peut compter sur eux. C’est pour honorer l’engagement de ce Jeune toubib et par ricochet la hardiesse de tous les professionnels du corps médical que nous lui dédions cette parution de Tomorrow Magazine.

Mars 2020, la Côte d’Ivoire, comme de nombreux autres pays africains, est à son tour touché par la COVID-19. Les avis sont partagés. Certains n’y croient pas du tout, tandis que d’autres mettent tout à disposition pour se prémunir de la maladie en observant les gestes barrières, édictés par les autorités sanitaires. Dans ce combat contre le Coronavirus, un corps de métier est aux avant-gardes : le personnel soignant. La rédaction de Tomorrow Magazine a décidé de les honorer.

Nous lançons donc un appel sur les réseaux, afin de trouver un profil assez intéressant d’un médecin Jeune, dont l’histoire et l’engagement pourraient ‘’contaminer’’ nos lecteurs. Des réactions s’en suivent. Nos followers nous proposent de superbes profils de Jeunes médecins africains de diverses nationalités. Mais un profil attire plus notre attention. Celui de docteur Servais SAÏ De Lucres. Médecin anesthésiste, réanimateur et urgentiste au CHU de Treichville à Abidjan, ce dernier est en première ligne dans le combat acharné engagé contre la COVID-19.

Nous arrivons à rentrer en contact avec lui et nous rendons compte que ce dernier est hésitant quant à notre proposition de le mettre à la une du magazine, sa réponse : « Je me réjouis de ce grand honneur d’être à la couverture de ce grand magazine, mais je ne sais pas si j’en suis digne. » Cette réponse, en réalité, est le reflet de la grande humilité qui caractérise Docteur Servais SAÏ.

C’est dans son bureau du CHU de Treichville, modeste à souhait, qu’il nous reçoit pour nous raconter son parcours, sa vision et son engagement.

Du rêve de pilote à celui de médecin

 Bouaké, ville logée dans le centre de la Côte d’Ivoire, a vu naître Servais. Ce dernier a fait ses premiers pas dans cette ville et y a prononcé ces premiers mots. Lorsqu’il nous parle de Bouaké, c’est avec fierté et nostalgie.

Son père y officie en qualité de comptable et sa mère occupe le poste de secrétaire dactylographe dans une entreprise de la place. La famille vit paisiblement et est protégée par la bienveillance des deux parents. Ceux-ci appliquent une éducation sérieuse à leur progéniture. « Mes parents étaient assez rigoureux et nous ont inculqué une éducation tirée à la fois des traditions africaines et des préceptes chrétiens. » Nous déclare Docteur Servais SAÏ.

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Une particularité démarque la famille SAÏ. La diversité de ses origines. « J’ai été enrichi des différentes cultures desquelles sont issus mes parents. Mon père est Ivoirien d’ethnie Yacouba et ma mère est Togolaise. » Pendant les vacances scolaires, Servais et ses frères vont dans la ville de Man, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, ou ils vont carrément au Togo. Ce sont des expériences enrichissantes pour le cadet de la famille, « Être au carrefour de ces deux cultures, m’a forgé l’âme d’un amoureux de l’Afrique. »

Enfant, le rêve du petit Servais est de planer dans les airs avec un avion. « Vous pouvez me croire, ce n’était pas du tout de devenir médecin. Je rêvais plutôt de devenir pilote. » Il avait pour meilleur ami, le fils d’un pilote et les deux bambins se racontaient leurs rêves d’être aux commandes d’un avion. Comme beaucoup d’enfants d’ailleurs, c’était des passionnés de l’aéronautique et ils passaient leurs journées à faire des recherches sur les différents types d’avions civils et de guerre. C’était leur hobby.

Des années plus tard, le petit Servais, certainement impacté par l’éducation chrétienne de ses parents, se voit devenir prête. Il entend intégrer le petit séminaire, lorsqu’un nouveau rêve se saisit de son cœur : devenir médecin.

Ce rêve, de faire la médecine va naître à la fin de ses études secondaires.

Devenir médecin pour vivre pour les autres

 À l’internat, Servais se lie d’amitié avec d’autres adolescents qui deviennent ses ‘’frères’’. Il les aime tant et devient très sensible lorsqu’un événement les touche. Plusieurs fois, il les voit se faire transporter à l’hôpital pour cause de maladie. Dans ces cas, voici ce qu’étaient ses réactions : « Tout ce que je pouvais faire à cette époque, c’était de prier pour eux. Mais j’avais toujours le sentiment de pouloir faire plus. »

Que faire pour les aider à garder la forme ou à se rétablir, lorsque ceux qu’il aime tombent malades ? Voici des questions qui rythment désormais les journées du jeune garçon. Sans le savoir, ces interrogations le poussent vers la médecine, « J’étais de plus en plus curieux de savoir les fondements de la science médicale. » Nous dit-il.

C’est tout de même plaisant de lire ce genre d’histoire, n’est-ce pas ? Découvrir qu’un adolescent décide de s’intéresser à la médecine rien que pour être en mesure d’aider ses amis malades. Pour résumer, ce qui emmène notre muse de ce mois à la médecine, c’est cet élan de vocation et cette forte envie d’aider les autres.

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Au Lycée Scientifique de Yamoussoukro où il fréquente, Servais s’estime chanceux d’en être un pensionnaire. Il a de quoi à ressentir ce sentiment. Ce Lycée Scientifique est l’une des meilleures écoles de Côte d’Ivoire. Là-bas, ce ne sont que des cracks en mathématiques, en sciences naturelles et en physiques-chimie, qu’on rencontre. Plusieurs d’entre eux, de toutes les générations, ont fait la fierté de la Côte d’Ivoire à l’extérieur.

Tous les élèves de ce lycée ou presque ont un rêve, celui d’intégrer après l’obtention de leur baccalauréat, l’Institut Polytechnique de Yamoussoukro. L’une des meilleures, si non la meilleure école supérieure de Côte d’Ivoire. D’elle, sortent les plus grands ingénieurs que produit l’Afrique francophone.

Mais étrangement, Servais est l’un des rares élèves qui rêvent d’autre chose, quoiqu’ayant été le major de sa classe et parmi les meilleurs de sa promotion, « La rigueur de cette école m’a poussé à sortir major de ma promotion et au lieu de jeter le regard là où tout le monde le faisait, c’est-à-dire à l’Institut Polytechnique de Yamoussoukro, moi, je n’avais d’yeux que pour la faculté de médecine à l’université. » C’est une surprise pour tout le monde, mais son choix est fait. Quelques temps après, le BAC en poche, Servais est reçu en première année de médecin.

Une vie de médecin

 Dès son entrée en faculté de médecine, alors qu’il pense vivre les jours les plus palpitantes de sa vie, Servais tombe de ses nuages. Il échoue en première année de tronc commun. Comment est-ce possible ? Le major de classe du prestigieux Lycée Scientifique, a-t-il vraiment échoué ? « Je suis déboussolé. De major d’une classe, je me retrouve à échouer à une première année d’université. J’avais décidé de tout laisser tomber et de redescendre sur terre et emprunter la voie que tout le monde m’indiquait. » Se rappelle-t-il. Mais il faut son père et sa mère pour lui remonter le moral. Ses géniteurs lui donnent la force qu’il faut pour essayer à nouveau de relever le défi. « Je tente ma chance à nouveau et cette fois-ci, je réussis à entamer mes études de médecine. » Dit-il tout fier.

Ceci dit, à cette même période, la Côte d’Ivoire subit une guerre en 2002. Monsieur et madame SAÏ sont économiquement fragilisés, mais bataillent pour ne pas faire sentir cette difficulté à leurs enfants. Cette famille peut compter sur la solidarité de tous ces membres, pour sortir la tête de l’eau. Servais, lui, continue ses études à l’université d’Abobo-Adjamé, aujourd’hui devenue université Nangui Abrogoua.

« On vient généralement à la médecine par passion. Et celui qui est passionné, est prêt à faire les sacrifices qu’il faut pour jouir de celle-ci. Les difficultés rencontrées et le temps que ça met, ne deviennent donc plus un problème. » Voici la réponse de Docteur Servais SAÏ, lorsqu’on lui pose la question relative à la longueur des études en médecine et des difficultés qui l’émaillent. Il ajoute que « Non, le temps de formation n’est pas long, il est juste utile pour forger notre cœur à la passion, à la patience, au professionnalisme et au don de soi. »

Il ne manque surtout pas de donner tout le mérite aux professeurs de médecine qui transmettent leur savoir dans les universités, « En médecine, généralement, nous sommes toujours bien encadrés. Nos professeurs, très humbles, nous apprennent cette humilité qui est inhérente à la profession de médecin. »

Docteur Servais SAÏ s’est spécialisé dans une discipline médicinale qu’il considère être en accord avec son objectif : « J’estime que le réanimateur anesthésiste est au carrefour de la médecine. On lui fait appel lorsqu’il y a une urgence médicale ou lorsqu’on se retrouve dans un état décisif, devant un patient en danger de mort. J’ai toujours été captivé par l’esprit de synthèse dont font preuve les réanimateurs anesthésistes. »

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Chaque jour est pour lui une occasion de pousser plus loin sa limité et sa réflexion, « J’aime les challenges et puisque dans ma fonction de réanimateur, je suis toujours emmené à me poser des questions difficiles, je m’y donne à cœur joie. » Déclare-t-il avec un regard qui en dit long sur le plaisir qu’il tire de son boulot. Il nous dira que la joie de voir un patient remis de son choc et de ses blessures, est inexplicable. Le fait de voir l’espoir dans les yeux de ses parents et de ses amis après son intervention est juste magnifique. « La réanimation, si vous le voulez, est au carrefour de la vie et elle nous permet de comprendre une fois pour toute que la vie est précieuse, mais fragile en même temps. » Résumera-t-il.

Le soldat en guerre contre le Coronavirus

Au CHU de Treichville où son admis les cas les plus coriaces de la COVID-19, une équipe de médecins, d’infirmiers, d’aides-soignants, de brancardiers, etc. se bat pour assister les cas graves de la maladie. Le Coronavirus est une réalité et Docteur se désole de ce que de nombreuses personnes méprisent son existence, « La COVID-19 est une réalité. Une grande partie de la population a manifesté de l’incrédulité vis-à-vis de cette maladie. Elle a pensé que c’était une maladie de ‘’blancs’’. Malheureusement, de nombreuses personnes ont été contaminées. »

Heureusement, la pandémie, grâce à l’effort inlassable du corps soignant, a des conséquences moins graves dans notre pays que ceux des autres continents. Les prévisions tragiques tracées par des instances internationales n’ont pas eu lieu. Nous espérons qu’il en sera ainsi. « Nous avons reçu les ressources logistiques pour répondre présent en première ligne. » Rassure-t-il.

Le constat du Jeune médecin, c’est que les populations, de plus en plus, ont commencé à prendre conscience de la maladie et les autorités sanitaires ont mis la main à la patte, pour aider le corps médical à l’affronter. Mais la guerre n’est pas encore remportée. Il faut faire preuve de vigilance.

Docteur Servais SAÏ passe le plus de son temps au chevet des malades de la COVID-19 : « À chaque fois que j’ai été sollicité pour rejoindre une unité, afin d’arracher des vies des griffes de cette maladie, je n’ai pas hésité à y aller, parce que j’étais conscient que j’étais en train d’écrire l’histoire de mon pays. »

Il dit ne pas avoir peur d’être contaminé et tué par la maladie, mais a plutôt peur des conséquences sur les populations : « À chaque fois que je reçois un malade en danger de mort, je n’ai pas peur de contracter moi aussi la maladie. Mais je suis plutôt stressé de le perdre et de voir les Ivoiriens être dans le désarroi de l’apprendre au journal télévisé de 20h. J’ai horreur d’entendre qu’il y a un nouveau décès de cette maladie. C’est cette bataille que nous menons tous les jours. »

Notre Jeune Leader à la Une de Tomorrow Magazine déclare que cette pandémie est une occasion pour que les médecins d’Afrique prouvent leur savoir-faire et leur capacité à garantir la sécurité sanitaire des populations quelle que soit la situation : « De ce que j’aurai appris, ce genre de pandémies arrivaient tous les siècles. Je crois fermement que la COVID-19 est l’occasion rêvée pour tous les médecins du continent de marquer l’histoire de notre temps. Et je crois que nous sommes sur la bonne voie. »

Sur la fameuse question de la résistance de l’Homme noir face à la maladie, Docteur SAÏ donne son point de vue. Pour lui, il est effectif que l’Homme de race noir et vivant en Afrique serait en mesure de mieux résister à la maladie. Il nous donne trois raisons. « Des études ont démontré que certaines défaillances sanitaires chez des personnes étaient des ouvertures pour la maladie de causer des dégâts irréparables. Ce sont notamment l’obésité, les maladies cardio-vasculaires, le diabète, etc. Le fait est que ces maladies sont beaucoup plus répandues dans les pays Occidentaux qu’ici en Afrique. » Par conséquent, la COVID-19 devient beaucoup plus meurtrière là-bas qu’ici.

Deuxièmement, « Il existerait un facteur racial lié à la vitamine D, lié à la mélanine, donc à la pigmentation de notre coloration qui constitue un facteur protecteur à la gravité de cette affection. » Il faut noter que des études sont en cours pour confirmer cette hypothèse.

Enfin pour Docteur Servais SAÏ, le dernier facteur qui pourrait expliquer ce bilan moins alarmant que celui de l’Europe, c’est que l’Afrique est habituée aux maladies contagieuses. « Les Occidentaux, sont plus susceptibles à ces maladies. Dans les pays Occidentaux, les gens meurent plus facilement d’une maladie comme le paludisme, alors qu’ici, nous avons développé une résistance à cette maladie, pourtant grave. »

Il nous révélera par ailleurs que la Côte d’Ivoire reçoit des médecins européens en stage pour apprendre les techniques de combats contre certaines maladies infectieuses. Ceux-ci, selon lui, sont toujours étonnés que les médecins ivoiriens et africains arrivent à affronter avec succès ces maladies, sans moyens de pointes.

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Ses parents, amis et connaissances n’ont pas cessé de l’appeler et de prendre de ses nouvelles. Leur crainte est le reflet du sentiment de la population en général. Il nous dira que pour lénifier ceux-ci, il a pris soin de leur expliquer les dangers de la maladie, les mesures barrières et de les rassurer que même s’ils tombaient malades de la COVID-19, ce n’était pas la fin de leur vie. « Beaucoup de personnes ne savent pas que c’est 2,5% des cas qui sont susceptibles de perdre la vie et 15% qui peuvent être dans des cas graves. » Nous confiera-t-il.

L’Afrique peut compter sur nous !

 « Ce que je veux que nos populations sachent, c’est que l’Afrique a les moyens intellectuels et logistiques pour être autonomes dans la prise en charge médicale de ses populations. Ce qu’il nous faut avoir, c’est de la volonté et de l’assurance. » Affirmera-t-il tout confiant.

Pour lui, il est important de rester ouvert à d’autres horizons, mais il ne faut pas négliger le potentiel et le savoir-faire que les médecins africains possèdent. « Chaque cadre de travail réunit un panel d’avantages et d’inconvénients. En Occident, où la technologie médicale est assez performante, l’aisance technique est de mise pour le personnel médical. Toutefois, certains pays africains disposent d’une logistique efficiente et n’ont rien à envier aux pays occidentaux. » Dira-t-il avant d’ajouter que « Par ailleurs, un cadre de travail agréable ne se définit pas essentiellement par le matériel de pointe dont on peut disposer. Il existe aussi les réalités sociales (la ségrégation, la discrimination, l’ambiance dans le milieu du travail, etc.) qui peuvent faire varier les avis sur cette question. »

Son éducation chrétienne, nous a-t-il dit le conduit au quotidien dans son travail. Pour lui prêter assistance à un malade et le voir guérir relève plus de la main agissante de Dieu que de la connaissance du médecin « J’ai compris, dans cette crise sanitaire que soigner un malade relève principalement de la grâce de Dieu. » Il ajoute : « Il arrive que nous nous retrouvions devant une pathologie inconnue ou mal maîtrisée et que nous ne pouvons rien faire humainement. Dans ce genre de cas, nous ne pouvons rien faire d’autre que de demander à l’Être suprême de nous guider à faire le bon choix dans nos prises de décision… Personnellement, je crois que cette science que nous pratiquons nous est directement inspirée de Dieu. »

Demain Sera Meilleur…

 

Yannick DJANHOUN

About Yannick DJANHOUN

Yannick DJANHOUN, aussi appelé Mister Colombo, est un Journaliste ivoirien. Actuellement Rédacteur en Chef de Tomorrow Magazine, Yannick est un passionné de la Jeunesse Africaine. Sa plume, il l'a met au service de la promotion du Leadership de celle-ci.

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