Edith BROU, debout Jeunes dames !

Edith BROU est un modèle et elle en a pleinement conscience. Elle sait que des milliers de jeunes filles la suivent, de près ou de loin et veulent lui ressembler.

Les femmes, et c’est une évidence, occupent de plus en plus des postes de responsabilité dans nos sociétés. Elles osent faire ce qu’on leur croyait incapable de faire. Aujourd’hui, ce n’est plus un événement de voir une femme devenir présidente de la République, ministre, directrice générale ou même générale d’armée. Elles nous prouvent tous les jours qu’elles peuvent mettre en exergue leur talent naturel au service de la communauté. Edith BROU, Jeune Ivoirienne, en est le parfait exemple. Celle-ci possède un profil affriolant. Anciennement Présidente de l’Association des Blogueurs de Côte d’Ivoire (ABCI), Cofondatrice de Ayana Webzine, le tout premier magazine en ligne ivoirien exclusivement consacré à la femme, ancienne country manager d’une agence internationale de communication digitale, Édith BROU est aussi et surtout la CEO d’Africa Content Group, son entreprise.  

Il nous aura fallu qu’un seul coup de fil pour nous rendre compte qu’Édith BROU est une personne affable. Après lui avoir présenté le motif de notre appel, rapidement un rendez-vous est pris, pour le premier jour d’un week-end ensoleillé de février 2016. Ce samedi, elle a une séance de formation avec ses amis de l’Association des Blogueurs de Côte d’Ivoire (ABCI), dont elle était la présidente, dans un workshop de Cocody II Plateaux. L’Équipe de Tomorrow Magazine est ponctuelle. À 11h déjà, nous sommes dans la salle et attendons que la séance de formation prenne fin.

Après quelques minutes, le mot de conclusion est donné. La séance de formation est terminée. Édith s’empresse de nous rejoindre avec un sourire accueillant et nous prie de lui accorder quelques minutes, le temps de dire au revoir à tous ses amis blogueurs. Tous sont partis, l’entretien a pu démarrer.

Didi la geekette…

Le geek selon le dictionnaire Larousse, définit un passionné d’informatique, de science-fiction, de jeux vidéo, etc. toujours à l’affût des nouveautés et des améliorations à apporter aux technologies numériques. Une ‘’geekette’’ est donc une sorte de déclinaison au féminin de ce mot anglais, pour désigner une femme passionnée d’informatique. Édith porte ce surnom depuis quelques années maintenant. Pourquoi ? Elle a une passion fiévreuse de tout ce qui est relatif à Internet. Aujourd’hui, Didi la ‘’geekette’’ est considérée comme la coqueluche du web ivoirien. Ce surnom, qui lui a été attribué en 2010, lors des premiers Barcamps organisés à Abidjan, cache toute une histoire.

Édith n’était qu’une adolescente lorsqu’elle découvre véritablement l’immensité des possibilités qu’offre le net. Elle s’en rappelle toujours comme si c’était hier, « Ça part d’il y a longtemps. Lorsque j’avais 13 ou 14 ans, je me suis rendue à la première édition du Salon du Livre d’Abidjan qui se tenait à la salle d’exposition du Centre Culturel Français. »Là-bas, elle découvre de nombreux ordinateurs pourvus d’une connexion internet et libre d’utilisation. « J’ai eu l’occasion de chatter avec plusieurs personnes vivant partout dans le monde et ça été le déclic. Je me suis découvert ce jour-là une passion pour tout ce qui est science-fiction et technologie. »Du coup, notre adolescente commence à nourrir de grandes ambitions. Devenir, par exemple, la patronne d’une grande agence de technologie. Édith ressent après cette expérience, une grande envie de posséder son propre ordinateur. Mais les moyens et son âge ne la lui permettent pas.

Heureusement, sa sœur aînée en possède un et notre nouvelle passionnée d’ordinateur, en devient une utilisatrice. Elle nous expliquera à cet effet « Qu’à cette période, ma grande sœur avait un ordinateur de 64 Ko de RAM. Elle me permettait de le toucher de temps en temps, mais elle n’avait pas accès à Internet. Alors chaque mercredi, j’allais à la librairie pour acheter des magazines de PC informatiques avec des disquettes, pour télécharger des jeux et tout ce que j’y trouvais. C’est ainsi que j’ai débuté ma vie de ‘’geekette’’. »

Cette vie de ‘’geekette’’ ne se limitera pas à l’ordinateur de sa sœur encore moins à cette période d’adolescence. Au Lycée, Édith parcourt le web à la recherche de blogs, ne serait-ce que pour s’adonner à sa deuxième passion, la lecture. Quoiqu’étant en série scientifique, elle dévore les articles de ces blogs qu’elle a appris à connaître par cœur. Progressivement, l’envie de créer un blog et d’écrire lui vient. « Je me suis dit pourquoi ne pas essayer aussi d’en créer un ? J’ai alors pris la décision d’écrire sur mes coups de cœur et mes coups de gueule, même si je savais que je ne serais pas lu. »Le ton venait d’être donné pour cette ancienne pensionnaire du Lycée Sainte-Marie de Cocody.

L’expérience de la blogueuse

Les débuts de Didi la geekette dans la blogosphère ivoirienne sont empreints d’enthousiasme et de détermination. « En 2009, j’ai créé mon blog et je me suis mise à écrire sur tout ce qui me passait par la tête. Je m’en souviens encore, mon premier article portait sur l’ouverture de la première boutique Woodin à Abidjan. C’était pour moi un événement que d’avoir désormais du prêt-à-porter en pagne. » Ensuite, elle a écrit sur l’emblématique Didier DROGBA. Mais la première véritable expérience de rédacteur web d’Édith est vécue pendant les Barcamps en 2009. Lors de cet événement qui fait la promotion des outils technologiques liés à Internet, elle est chargée de la rédaction de plusieurs articles pour promouvoir l’éveénement. Elle deviendra par la suite, la première Secrétaire Générale d’Akendewa, l’ONG organisatrice des Barcamps.

Son utilité et son dynamisme reconnus de tous lors de cet événement, finissent par lui donner confiance. Elle y tire d’ailleurs une idée qui ne la quittera plus jusqu’à aujourd’hui, « Le Barcamp Abidjan m’a donné́ une idée, celle de n’écrire que sur l’actualité technologique, notamment du web, du mobile en Afrique et en Côte d’Ivoire. »

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Edith lancée, rencontre son premier grand obstacle. Son blog sur l’actualité technologique n’attire presqu’aucun visiteur. C’est un revers que digère difficilement notre ‘’geekette’’. « Très vite, je me suis laissé aller au découragement, car je constatais que mes articles n’intéressaient personne. J’ai donc arrêté de les publier. »Heureusement, il y a Israël GUEBO qui est là. Ce dernier, est l’un des pionniers de la blogosphère ivoirienne et l’un des plus connus d’Afrique. Il la rassure par ses conseils avisés et lui montre le chemin. « Heureusement que le pionnier Israël GUEBO était là pour m’encourager à reprendre mes activités. J’ai surtout été encouragé en le voyant recevoir le prix du meilleur blogueur francophone. J’ai décidé de me lancer et de ne plus jamais abandonner. »

Édith BROU venait de sceller un pacte avec la réussite malgré les échecs. Elle tient parole et n’abandonne plus. Par son travail et son activisme sur Internet en Côte d’Ivoire, elle devient incontournable. Comme elle, de nombreuses autres Jeunes femmes s’investissent dans l’écriture web et elle en est fière, « Je suis ravie de voir que le blog en Côte d’Ivoire est féminin. Vous savez, les femmes ont beaucoup à dire et contrairement à cette fausse idée répandue, le monde du digital nous intéresse de plus en plus. J’encourage toutes ces Jeunes filles qui ont envie de s’exprimer de nous rejoindre. C’est vraiment passionnant. »En 2011, elle cofonde avec Amie KOUAME, une autre passionnée d’Internet, Ayana Webzine, le premier magazine en ligne ivoirien exclusivement dédié à la femme. La création d’un tel webzine part d’un rêve, celui de créer un média 100 % dédié aux femmes et dont le contenu serait à 100 % conçu par des femmes.

Une vie professionnelle passionnante et riche

Édith BROU a un parcours scolaire et universitaire atypique. D’abord pensionnaire au Cours Secondaire Protestant de Cocody où elle fait toutes ses classes du primaire, elle atterrit ensuite au Lycée Sainte-Marie de la même commune d’Abidjan, de la 6ème à la Terminale. Le BAC en poche, elle s’inscrit en faculté des sciences économiques sous la pression de ses parents qui veulent absolument qu’elle devienne fonctionnaire. Elle accepte de leur faire plaisir en faisant deux années d’études et après, décide de prendre sa vie en main et de vivre ses passions. « Après le DEUG, j’ai décidé de me trouver un boulot et de faire des études en communication et précisément en publicité, puisque je voulais être publicitaire. »Ses parents refusent de lâcher du lest et essaient de la convaincre du bien-fondé de leur choix. Mais il en faut plus pour qu’Édith abandonne cette ambition, « Malgré les interdictions de mes parents, et têtue que j’étais, je n’hésitais pas, pendant mes temps libres, à aller me frotter au monde professionnel. »

À l’orée des années 2000, elle intègre une entreprise de production audiovisuelle et occupe le poste de secrétaire de production audiovisuelle sur des tournages d’émission télé. Elle y fait la connaissance de la célèbre animatrice ivoirienne Isabelle ANOH, qui était également à ses grands débuts. À la suite de cette première expérience, Didi la geekette veut expérimenter d’autres choses. Elle occupe des responsabilités plus grandes dans d’autres entreprises. Responsable commerciale à Bogolon Distribution, Chef de projet web et community manager au groupe AOS en 2010 et Country manager à People Input Côte d’Ivoire. People Input, l’une des plus grandes agences de digital en Afrique a été gérée avec beaucoup de maestria par Édith sur le sol ivoirien.

Elle n’oubliera jamais, malgré ses expériences dans toutes ses entreprises, son passage à Akendewa en tant que toute première Secrétaire Générale. Cette ONG dont la mission est de promouvoir Internet a forgé Édith et lui a permis d’avoir la clairvoyance et la dextérité qu’elle a aujourd’hui. Elle le dit elle-même, « Mon passage à l’ONG Akendewa en 2009 m’a été très bénéfique, car il m’a permis de découvrir encore plus de possibilités sur Internet. Le fait de me frotter à une personne comme Jean-Patrick EHOUMAN, Président de l’ONG, ça forge forcément. »

Debout, Jeunes dames

En femme indépendante et déterminée à faire plus qu’on ne croit pas une femme capable de faire, Édith se fait le porte-voix de la gent féminine. Pour elle, les femmes ivoiriennes en particulier et africaines en général sont des forces vives. Elle insiste pour nous persuader que celles-ci bougent de plus en plus, « Les ivoiriennes se remuent dans plusieurs secteurs d’activité. On peut aujourd’hui aisément constater qu’il y a des femmes dynamiques dans les medias, dans l’économie, dans la politique et dans tous les autres domaines d’activité. »Pour celles qui n’auront pas compris le mouvement qui a lieu actuellement et qui ne se contente que de faire valoir leur beauté physique, Didi la geekette a un message pour elles, « L’on peut être Miss Monde, mais avoir un crâne creux. La beauté est éphémère et ne pourra pas te permettre en entreprise de faire accroître le chiffre d’affaires. Elle n’est qu’un supplément, un bonus pour avoir une arme de choc. La compétence est importante et quand elle est accompagnée du charme, c’est une grâce de Dieu. Alors mesdemoiselles debout et bougez-vous ! »

Edith BROU est un modèle et elle en a pleinement conscience. Elle sait que des milliers de jeunes filles la suivent, de près ou de loin et veulent lui ressembler. Mais elle ne s’emballe pas pour autant. Pour elle, certes, des choses notables ont été accomplies, mais elle les considère comme les débuts d’une aventure exaltante, « C’est un honneur d’accepter cette responsabilité, car après tant d’années d’activisme, de passion et de formation dans ce domaine, c’est naturellement une sorte de récompense. Tous ces efforts sont en train de payer aujourd’hui, mais dans ma tête, je crois que je ne suis qu’à 1 % de l’objectif que je me suis assignée. Il reste encore beaucoup à faire. »

Ne perdant pas une minute pour faire progresser ses objectifs, elle s’est lancée depuis plusieurs mois sur un projet ambitieux et de portée nationale. Il s’agit des « 50 Visages de l’IvoireTech. »C’est un projet-photo d’envergure nationale. « Nous voulons immortaliser et ainsi rendre hommage à tous ces acteurs du web et des technologies (blogueurs, techentrepreneurs, influenceurs digitaux, responsables associatifs pour la promotion des TIC, dirigeants, décideurs administratifs, etc.), à travers une série de portraits-photos qui feront l’objet d’un vernissage, d’un site web et d’un hors-série dans un magazine de la place. Nous voulons laisser un message visuel et textuel pour la postérité. Les photos-portraits inédits de ces différents acteurs du numérique en Côte d’Ivoire auront pour but de montrer à la nation ivoirienne, mais aussi et surtout au monde, le dynamisme de l’écosystème digital de la Côte d’Ivoire. »Elle n’est pas seule à réaliser le projet « Je réalise ce projet avec le photographe Charly KODJO, et Patrick EDOOARD qui est le directeur artistique. »

Elle a un souhait, former et inspirer davantage ces jeunes filles qui veulent s’initier dans la communication digitale, mais elle dit avoir besoin de soutien, « Je compte sur le soutien des uns et des autres pour m’aider à faire davantage et pourquoi pas, à former d’autres coqueluches du web. »Du reste, Didi la geekette est reconnaissant de faire partir de cette génération de femmes qui se battent pour présenter la femme à sa juste valeur, « Je suis fière d’appartenir à cette génération de femmes leaders, qui aujourd’hui, est devenue un moteur pour les autres femmes de la sous-région ouest-africaine. »

 

Cet article a été rédigé en février 2016. Depuis lors, de nombreuses avancées sont à noter dans la vie de notre Jeune Leader.

About Yannick DJANHOUN

Yannick DJANHOUN est un Journaliste ivoirien de 31 ans. Actuellement Rédacteur en Chef de Tomorrow Magazine, Yannick est un passionné des questions touchant au leadership et au Mind Education de la Jeunesse Africaine.

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